Y voir plus clair …

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Comment y voir plus clair …

Un pratiquant sincère doit voir clairement ce qu’est le vrai karaté, celui qu’on qualifie de « supérieur » ou « authentique » ou « martial » pour éviter le mot « traditionnel » galvaudé par rapport au karaté populaire « sportif ».

Il est vrai, tant la confusion est profonde, qu’on ne sait pas trop quel nom donner à ce que pratiquent plusieurs millions d’hommes et de femmes dans le monde, et qui est beaucoup plus proche du sport que de l’art martial.

Il semble pourtant qu’au Japon, tout le monde fait la différence entre le karaté sport (Undo karate), et le karaté ancien, martial.
Mais faut-il encore pouvoir distinguer les nuances qui existent dans ce karaté martial. Nuances qui sont en remontant vers le martial pur :
– « Gendai karate » ( karaté actuel, celui d’après 1945)
– « Shinbu karate » ( karaté moderne, celui d’après 1900, qui s’écrivit avec les idéogrammes « main de Cathay » jusqu’en 1935  et   « main vide » après)
– « Kobu karate » ( karaté traditionnel, traditionnel étant pris dans le sens de l’époque glorieuse ancienne d’où tout est venu, voir l’idéogramme « ko » utilisé dans ko-budo

– « Shobu karate » ou « Seïbu karate ( qui signifie authentique, c’est le karaté totalement martial contre de multiples adversaires, exprimé à Okinawa par le mot « to-de », devenu « kara-te ».

Faisons donc en sorte que des défauts irrécupérables et définitifs ne viennent pas bloquer la possibilité d’entrer dans le véritable karaté après l’étape du karaté-sport. Car ces blocages sont réels. Ils sont, à la fois, physiques, psychiques et mentaux.
Certains peuvent être récupérés, d’autres pas. Surtout sur les plans psychiques et mentaux.

Exemple, il suffit d’observer les animaux. Il faut pouvoir faire la différence entre affrontement et duel.
L’affrontement comme un rituel animal sans risque mortel. Duel comme combat mortel entre animaux de même espèce.
Déjà sur ce plan, dans un vrai duel l’état d’esprit change du tout au tout. Les techniques et les postures également. Mais on est pas encore dans le véritable art martial avec un grand M. Pourquoi ? Parce que le duel concerne deux hommes, et que l’art martial doit envisager le combat contre de multiples assaillants. C’est le message clair des katas qui traitent souvent d’un combat mortel contre 6 à 8 adversaires … avec des techniques non utilisées en combat sportif.
Comme tout animal le fait face à un prédateur, la première chose à faire est d’éviter le combat. Et si l’on est contraint au combat, il est élémentaire d’éviter d’être tué, ce n’est plus du ko ! La recherche mentale devient plus importante que la technique. C’est ce que dit le 5e kyokun du vrai karaté (les préceptes).

Maître Funakoshi a choisi l’idéogramme « kara » dans le sens de « vide », entendant par là « rien dans la tête », c’est-à-dire l’art de la main avec l’esprit vide. Le vide bouddhiste. Ce qui change tout de la traduction que lui ont donné les occidentaux dans le sens « main vide » ou rien dans les mains … Posez la question à un karatéka aujourd’hui, et vous verrez que bien souvent il est à côté de la bonne définition.
Même en affrontement sportif, tel qu’il se pratique en championnat, tout combattant a bien constaté qu’il ne pouvait ni penser « attaquer, attaquer », ni penser « défense, défense ». il doit « guetter » et être prêt aussi bien à attaquer, s’il y a ouverture, qu’à esquiver, bloquer. Donc, il est avec un état d’esprit proche de la non-pensée. Car une ouverture survient lorsqu’il y a déconcentration, donc une pensée, plus que par une ouverture de la garde défensive.

Il faut donc faire attention, en championnat, de ne pas prendre des habitudes qui risquent de fermer la porte du vrai karaté. Comme de sautiller, techniques limitées, oubli des multiples utilisations de la main et de l’avant-bras, oubli des contres, des attaques et des défenses doubles, des déséquilibres, des projections, etc.
Et oubli du combat contre des adversaires multiples, important car il développe la sensation périphérique.

Je n’ironiserai pas sur les catégories et les à moitié-mort, demi-point (waza-ari). Je vais en faire hurler quelques uns 😉
Dans un combat réel, dramatique, contre plusieurs, on ne peut pas se permettre de combattre contre un seul adversaire durant 5 minutes, ni même 1 minute, ni même 10 secondes. On doit être décisif à la seconde … car les autres vous tombent dessus. Il faut donc devenir réaliste. Il n’est plus question de durée mais d’instant.

Le but de ce papier n’est pas de dire « ne faites pas du karaté sportif ». Loin de là. Mais de prendre conscience que le karaté sportif est l’ABC du karaté. Le début, une période de vie … Mais sauvegardez ensuite vos possibilités de pouvoir entrer dans la suite de l’alphabet. Les étapes DEF, puis GHI, etc … jusqu’à Z.
Ne vous laissez pas abuser par ceux qui n’ont rien compris, ou ceux qui ont intérêt à ce que l’on ne comprenne pas.
Tout est comme ça dans la vie …

A vous d’être lucide, de ne pas tomber dans la facilité, les pièges de l’égo. A vous de lire entre les lignes, de voir la réalité, de faire votre cheminement. Ce qui est un des aspects du fameux « Do », la voie.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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