Bunkai, histoire sans fin …

imageedit_10_8748228777Bunkai … Essayons de mieux comprendre le sens profond de cet exercice, qui demeure encore mal connu de nombreux pratiquants et instructeurs. C’est pourtant à mon sens l’essence du karaté.

Cette notion de bunkai n’existait pas vraiment lors de l’apparition du karaté chez nous. Je n’ai pas souvenir d’avoir été initié au bunkai avec mon premier professeur. Au cours des années passées, petit à petit, des experts ont introduit cet élément dans l’enseignement. Mais il y a eu une déperdition par rapport aux origines.

D’abord, balayons les idées fausses … il n’existe pas un bunkai unique pour un kata donné. Soyons francs. Certains instructeurs, par manque de connaissances, enseignent les katas sans bunkai. D’autres n’enseignent qu’une seule application par technique. Enfin les instructeurs dignes de ce nom enseignent de multiples applications pour une même technique. Suivant le niveau de travail du karatéka, une même technique pourra être ressentie de façon différente.

Pour mieux s’imprégner de cet exercice de bunkai, il faut d’abord s’atteler à travailler nos katas de multiples façons. Il y a bien sûre l’exécution traditionnelle, et puis il y a les autres formes d’entraînement. 

Ces formes d’entraînement ont un grand intérêt pour le pratiquant. Le kata est un outil. En karaté traditionnel, il joue un rôle fondamental. D’abord pour le travail qu’on effectue sur soi-même, ensuite pour la compréhension des techniques appliquées en combat réel.
La façon de respirer, le contrôle du corps, les déplacements … A partir de l’enchaînement de base, il existe des méthodes plus poussées destinées à travailler la coordination corps-esprit, et notamment le jeu des hémisphères cérébraux (mon ami Bruno va apprécier).

Par exemple, on peut travailler un kata sans se servir des bras, on va alors prendre conscience des déplacements et du placement de la colonne vertébrale par rapport au bassin. 

Autre forme de travail possible : exécuter le kata avec un bras actif et l’autre passif.
Grosso modo, la motricité de la partie gauche du corps est synchronisée par l’hémisphère droit du cerveau et inversement. Donc, suivant que l’on travaille avec le bras gauche ou le bras droit, on va faire intervenir un hémisphère et laisser l’autre au repos.
On peut aussi exécuter un kata les yeux fermés, afin de développer nos facultés dans l’espace. Je m’explique. Pour nous voyants, le sens de l’équilibre dépend du regard. Le fait de travailler les yeux fermés oblige une recherche poussée au niveau des articulations et des muscles afin de compenser l’équilibre.

Autre forme de travail : exécuter le kata en inversant le sens des mouvements. Cela s’appelle « gyaku kata », kata inversé. Cette forme de travail permet la déconnexion et l’équilibrage de l’activité des deux hémisphères cérébraux. Essayez et vous verrez que ce n’est pas aussi simple qu’on l’imagine. Ne fut-ce que déjà les cinq Heian.

Quand on est passé par ces différentes formes d’entraînement au kata, on peut aborder le bunkai de manière plus efficace.  Bunkai, ce mot signifie déconstruction, démontage, mais avant tout interprétation, analyse du détail, ce qui laisse une marge assez grande.

On peut travailler en ippon kumite, assaut conventionnel sur un pas, avec une attaque latérale ou arrière d’après le kata. Souvent dans les katas, il faut changer le pied de pivot par rapport à la forme exécutée dans le vide pour pouvoir appliquer le mouvement. Je prend un exemple : le premier mouvement du kata Heian Shodan.

Si sur une attaque lattérale (mae geri dans les côtes), on applique le schéma du kata, on aboutit à un blocage en force, ce qui n’est jamais évident, et pas toujours la bonne solution. Par contre, si on pivote sur le pied gauche du côté de l’attaque, et qu’on sort de l’axe en déplaçant son pied droit à 45°, on absorbe le mae geri.

On peut aussi travailler le bunkai de façon linéaire. On exécute toute la dynamique, toute la logique d’enchaînement des techniques du kata avec un partenaire unique, en ligne. 

L’axe ne compte pas, on en vient à l’essence des techniques. Cela ressemble à un jyu-kumite, mais conventionnel. A l’origine, le jyu-kumite n’a pas de restriction, d’interdit comme on en trouve en compétition.

Donc le bunkai à cette sauce constitue un peu le chaînon manquant entre un kumite libre qui serait trop proche de la bagarre de rue, et la stricte application du kata en kihon de base.

Les blocages de base qu’on trouve dans de nombreux katas s’effectuent en avançant. Or parfois ils ne prennent tout leur sens qu’en reculant (blocage par absorption). De même, les attaques effectuées en reculant deviennent des contres, les armements des blocages deviennent des attaques. Les changements de direction deviennent des projections. On pourrait aussi parler des diverses clés, saisies, etc … Les combinaisons sont riches et la recherche de l’efficacité est toujours le fil conducteur. Dans le travail réel du bunkai il n’y a pas de place pour le « show ». Lors de certaines compétitions ou démonstrations, j’ai souvent vu des bunkai qui ne sont pas applicables dans la réalité d’un combat. Cela n’a aucun sens.

Je termine par un point important à mes yeux, que ce soit dans l’exécution du kata ou dans la pratique du bunkai : la respiration. Il y a l’aspect énergétique. On le trouve partout. Il y a le côté énergie mécanique. Un mouvement bien synchronisé va produire une énergie extrêmement puissante et dévastatrice.

Mais sans la respiration, difficile d’atteindre cela. On peut apprendre à la contrôler.

L’exécution d’un kata ne devrait pas se terminer par un essoufflement comme c’est bien souvent le cas. Idem pour les combinaisons avec partenaire pour développer le bunkai.

Les principes de bases sont les mêmes que dans le kihon : inspirer sur la phase d’appel d’un mouvement, la phase de départ, expirer sur l’extension de ce mouvement.

Il existe environ cinq méthodes de respiration utilisées dans les katas et appliquées aussi en bunkai :

  • inspiration et expiration longues
  • inspiration et expiration courtes
  • inspiration courte et expiration longue
  • inspiration longue et expiration courte
  • la combinaison de ces méthodes

C’est important car le kata, le travail du bunkai, c’est aussi une « méditation » en mouvements.

Les katas ont été conçus de façon à équilibrer corps et esprit.
Le travail du bunkai contribue avec le temps à découvrir sans cesse de nouvelles voies. Il n’y a pas de fin.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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