Du kata au kumite souple

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Chaque kata possède des applications précises : il suffit d’extraire une technique de son contexte et de la travailler à deux en ippon-kumite.

Par exemple, le début de Heian shodan : gedan barai et oi tsuki. Cet exemple très simple constitue le premier niveau de recherche.

Bien entendu, il existe des formes beaucoup plus complexes dans le même esprit.
A un stade plus élevé, chaque kata contient une recherche à travailler dans le genre jyu-kumite.

La façon d’exécuter les techniques change. Par exemple, dans le kata, on cherche à développer la souplesse des articulations, la vitesse de déplacement. Certains blocages jouent un rôle sur le plan énergétique. Dans le travail du bunkai, ces blocages peuvent devenir des projections.

Point fondamental, les pivots changent. Ils ne se font plus de la même façon. Exemple : dans Heian shodan, le pivot se fait sur le pied arrière par rapport à l’attaque. Dans le bunkai, le pivot peut se faire sur le pied avant. Dans le kata, les blocages s’exécutent en avançant. Dans le bunkai (Heian shodan toujours), ils peuvent se faire en reculant.

Souvent, en démonstration, on essaie de respecter à la lettre le schéma du kata, ce qui donne parfois des mouvements irréalistes. Car une technique prend un sens réaliste en combat uniquement si le mouvement est exécuté en souplesse, avec une certaine idée d’absorption. C’est un exemple que je cite par rapport à la rigidité de certains bunkai que j’ai déjà eu l’occasion de voir lors de manifestations diverses.

Encore un exemple, et pour ne pas faire dans la complication, toujours le premier mouvement d’Heian shodan. Sur une attaque de mae geri dans les côtes, on effectue gedan barai en blocage. Si l’on applique strictement le déplacement du kata, on obtient un blocage force contre force, ce qui est plutôt aléatoire … Par contre, dans le bunkai, si on déplace le pied droit, on peut pivoter sur le pied gauche, et ainsi esquiver le coup en oblique. Le gedan barai vient alors accompagner un mouvement d’esquive du corps, ce n’est plus un blocage strictement en force.

Je viens d’évoquer deux formes de bunkai, la première, l’application simple d’une seule technique sortie du kata. La seconde forme de façon dynamique, en modifiant le schéma de base (changement de pivot, travail d’esquive).

Mais il existe d’autres formes de bunkai, beaucoup plus rares, qui se perdent hélas dans la pratique. Je pense au bunkai à deux sur un axe linéaire unique. On se désolidarise ainsi du schéma initial en T ou en H (embusen), utilisé lors de l’exécution solitaire du kata.

Dans cette forme, les échanges se font très rapidement. C’est une application dynamique du kata qui débouche sur un apprentissage du combat par la sensation du rythme, le contact avec le partenaire, etc.

Evidement, les positions sont parfois plus hautes que dans la forme du kata.
Mais rappelons-nous que Funakoshi Sensei enseignait lui-même un style assez haut. Tout le monde sait que l’on est obligé de « remonter » en combat et il suffit d’observer une compétition pour en être convaincu.

Le fils de Funakoshi a introduit cette forme de travail très bas en Shotokan, disant lui-même qu’il fallait s’entraîner en position très basse pour qu’il en reste quelque chose en combat réel.

Le kata reprend ainsi la dimension réaliste et vivante qu’il ne doit jamais quitter. Les katas, même les plus difficiles, peuvent s’exécuter sous cette forme de bunkai.

Du kata au kumite il n’y a que quelques pas … une recherche constante pour passer d’une forme pré-arrangée au combat souple. Le rôle de chaque instructeur est de guider le pratiquant sur cette voie, d’ouvrir la porte, mais de laisser ensuite une certaine liberté à chacun, tout en respectant l’esprit initial du kata.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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Un commentaire pour Du kata au kumite souple

  1. Drianne Marco dit :

    Bien le bonsoir Sensei.C’est donc ici,que se prend le virage entre la pratique codifiée d’un mouvement et son essence.Le Karatedo est cette statue dissimulée sous la masse de roche que le pratiquant assidu,s’efforce de nettoyer et de peaufiner à SON image.Un copier -coller dans cette discipline(comme de nombreuses autres,par ailleurs)est un nature morte,sans plus.
    Cela dit,il se faut acquérir une certaine maturité,se forcer à l’académique…pour quand le corps remodelé,l’élève intègre le geste qui Lui sied au mieux,en conservant une authenticité certes…mais aussi une efficacité véritable.
    Pour le cas mentionné du gedan barai….et en fonction de cette maturité ou non,il reste libre au Sensei d’enseigner ces petits diamants que pourraient être dans le simple fait d’armer le mouvement…de déceler une forme de nagashi uke,d’une clé croisée sur coude,un gedan tsuki,un dégagement de poignet,la rotation demeurant une projection genre Tai otoshi,…et donc d’ouvrir les portes davantage discrètes.
    L’Art n’est pas le sport,nous avons quelques fois abordé le sujet,certes…mais il prend ici une importance autre,…car nous ramène au seuil de l’humilité pure de constater que nous ne savons rien ou presque.Merci et bonne soirée à Toi.
    Porte Toi au mieux.

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