Le salut, valeur importante

Bowing

Le karate-do commence et finit avec la courtoisie. Cette pensée de Gichin Funakoshi peut s’interpréter de deux façons.
Au sens premier, un cours, un kumite, un kata, commence et se termine par un salut.  Mais on peut également dire qu’à partir du moment où il n’y a plus de courtoisie, il n’y a plus de karate-do.

Il est important de nos jours d’expliquer à nouveau le rôle de ce cérémonial, qui parfois semble dénué d’intérêt pour certaines personnes.
Au premier degré, le salut a une fonction bien précise : il joue le rôle d’un garde-fou social.  En effet, les arts martiaux développent des techniques qui jouent sur l’instinct d’agressivité de chaque individu.  Le salut permet de rééquilibrer certains comportements et d’éviter qu’ils ne dégénèrent.  Sinon, on en arrive à un stade où l’on ne respecte plus le partenaire.

On retrouve le salut dans tous les arts martiaux traditionnels : que ce soit en Chine, au Japon ou ailleurs, si la forme diffère, l’esprit reste le même.  Le salut peut être comparé à la poignée de main occidentale.  Prise de contact, marque de respect, voire d’humilité.  La psychologie d’un individu se reflète dans sa façon de saluer, de même qu’une poignée de main vous renseigne sur le caractère de votre interlocuteur : brutal, timide, agressif ou réservé …
Pour les puristes, il est exclu de se « faire la bise » au dojo.  On doit conserver l’esprit « karate-do ».  Seul le salut traditionnel debout est admis.

Sur le plan pratique, le salut est déjà une prise de conscience du corps et renseigne sur la valeur martiale d’un individu.
Quelqu’un qui ne sait ni se tenir assis, ni même debout en saluant, saura encore moins exécuter une technique dans un esprit martial.

Le salut debout en karaté, « Ritsu rei », s’exécute de la façon suivante : talons joints, pieds écartés, colonne vertébrale droite, mains ouvertes, paumes sur les cuisses, regard vers l’avant.  En expirant on incline doucement le tronc vers l’avant et on se redresse en inspirant.  A cet instant, l’expiration suivante peut servir à exécuter une technique, ou encore à annoncer un kata que l’on s’apprête à exécuter. Ces temps respiratoires restent valables pour le salut assis, ou « Zarei ».

Un point général sur lequel on insiste pas assez : le regard. On baisse les yeux uniquement quand on salue le kamiza (également nommé Shomen).  Ou encore pour signifier son humilité profonde.  Sans quoi, on regarde toujours son interlocuteur en saluant.  Pour la symbolique, le fait de regarder son interlocuteur en saluant nous permet d’éviter toute attaque surprise … La règle générale est donc de toujours regarder la personne qui est en face de soi …

Voici aussi un aspect du salut moins connu chez nous : le degré d’inclinaison du buste.  L’inclinaison dépend du rapport de hiérarchie et d’ancienneté entre les deux interlocuteurs : un débutant va s’incliner très profondément et le sensei lui rendra son salut par une légère inclinaison du buste.

Voyons maintenant les différents saluts dans un dojo.  On salue une première fois en entrant dans le dojo.  On exprime ainsi le respect du lieu.  Qui dit respect, dit aussi avec la forme.  Ce qui veut dire que lorsque on pénètre dans le dojo, le karate-gi doit être porté correctement, ceinture nouée, et surtout pas chaussures aux pieds … cela peut paraître exagéré, mais regardez combien de pratiquants entrent dans un dojo comme si ils entraient dans un bar …
Ce premier salut se fait donc debout, en « Ritsu ».
Le salut debout en « Ritsu » s’effectue aussi à chaque fois que l’on travaille avec un partenaire, au début et à la fin de chaque exercice.  Il s’exécute bien sûre à chaque fois que l’on quitte le dojo, et avant de pénétrer dans le dojo.

Avant le début de l’entraînement et à la fin de l’entraînement, tout le monde salue en même temps.  Au commandement du Sampai, « Seiza », tout le monde se met à genoux.  On descend en premier le genou droit puis le gauche en conservant le buste bien droit, les orteils à plat se touchent et les genoux sont écartés de 2 poings (genoux serrés pour les filles).
On observe alors un court moment de méditation, le « Mokuso ».  Ensuite le salut commence par le « Shinden ni rei » ou le « Shomen ni rei ».  Ce salut s’exécute tourné vers le kamiza : il exprime le respect de la tradition passive, c’est-à-dire de la chaîne de transmission du savoir.  Le pratiquant exprime ainsi son respect envers les générations qui l’ont précédé et son humilité par rapport à l’univers qui l’entoure.
Puis vient le « Sensei ni rei », le maître se retourne vers les élèves. Ce salut échangé traduit le respect dû au(x) sensei.
Enfin vient le salut « Otogai ni rei » : salut entre les élèves qui exprime le respect entre eux.  A ce stade, le sensei ne salue plus.

En position « Zarei », on observe deux façons de saluer.  La plus ancienne où l’on dépose d’abord la main gauche au sol pour saluer.  La raison en est double.  Sur un plan purement martial, en cas de réaction agressive de l’adversaire, la main droite est prête à dégainer si l’on porte une arme.  C’est une référence à la période historique des Samouraïs.
La plus récente, on dépose au sol les deux mains en même temps.  Référence à la confiance que l’on porte à la personne que l’on salue.  C’est cette dernière façon de saluer que l’on pratique aujourd’hui dans nos dojos.  Le karaté évolue, le protocole aussi.
Dans les deux cas, les mains sont toujours disposées suivant un triangle pouces, index, majeurs.  Sur un plan martial, cette disposition des mains au sol permet d’éviter une blessure en cas d’écrasement de la tête par l’adversaire.  Le nez et le menton sont ainsi protégés.  Au sens symbolique, le triangle est la réunion de l’homme, du ciel et de la terre.

Le sensei représente le point charnière : on lui a transmis une connaissance, à présent il la transmet à un autre.  C’est un cycle de transmission et de continuité.
C’est pourquoi il est important de garder certaines valeurs.  Le salut est une de ces valeurs.

Oss !

 

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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2 commentaires pour Le salut, valeur importante

  1. Drianne Marco dit :

    Très bel article comme à l’accoutumée Sensei;de surcroît,sur un sujet de la plus haute importance qui est cette transmission des valeurs,et reste notre rôle.
    L’origine quand au salut debout et hiérarchisé est réelle et intégrée dans le peuple nippon d’après certaines études.En effet,à l’époque glorieuse où les Guerriers Samourai avaient droit de Vie ou mort sur chaque passant,ce dernier en offrait sa nuque,libre ou non d’être tranchée selon leur bon vouloir
    L’abnégation totale vers le destin,en bref.Chaque subalterne s’inclinant plus bas que l’autorité,au fil des siècles défilants…ces fameuses études ont démontrées cette capacité rencontrée nulle part ailleurs, à la soumission quelque peu aveugle de tout un peuple.La prise de conscience dans cette inclinaison est donc de la plus haute importance.Rien de plus frustrant et vulgaire qu’une étiquette bafouée,…mais notre rôle est d’expliquer le pourquoi et comment de ce rituel fondamental pour une juste compréhension.
    Pour Zarei,rappelons que le sabre se portait sur la gauche du corps.Les élèves disposés devant le Sensei s’étalent de la gauche vers la droite,des plus anciens vers les plus jeunes.Or dans la tradition,la méfiance de rigueur émanait vers ces jeunes arrivés inconnus se trouvant sur la droite et dans cette alternative d’attaque durant la position assise.Le sabre dégainé,jambe gauche fléchie et sabrant dans cette direction la verra touchée donc alors que la droite non.La gauche,en outre est le coté ésotérique et mental dans la tradition Japonaise et est privilégiée de ce fait sur la droite.(Tout Kata,le confirmant par son initiation sur le coté gauche)…car ce coté est d’ordre pragmatique.Les Voies et non le sport,visent un développement mental en priorité,…et cette façon d’engager le coté gauche sur le droit y retrouve ses marques de noblesses.Le Keikogi se porte gauche sur droit du vivant pour se voir droit sur gauche lorsque mort(l’âme ayant quittée pour la réincarnation)….on construit gauche droite(entrée Dojo,Salut,Montée sur Tatamis,…)et on démonte droite -gauche pour le même motif.
    Les leaders Karatedo doivent selon mon avis se rapprocher au plus près de la vérité…car l’Art Karatedo est qqc de complet et qui repose sur l’Authenticité.
    Bonne soirée Ami et Sensei…veille sur Toi et Tes proches.

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