L’exécution Kata

La pratique du kata s’inscrit dans une recherche de la perfection. C’est une voie difficile mais prodigieusement riche. Le kata est une voie de perfectionnement. Son exécution correcte suppose le respect d’un certain nombre de règles. Elles peuvent paraître élémentaires mais n’en restent pas moins essentielles. Petits rappels …

La première chose à faire lorsque vous apprenez un kata, c’est d’en connaître le nom et la signification. Certains kata dénomment le nombre de pas qu’ils comprennent (Nijushiho : 24 pas), d’autres encore rappellent l’idée qui domine toute l’exécution (Bassai Dai : défoncer la forteresse), (Sôchin : force et tranquilité).

Avant de commencer un kata, il faut énoncer son nom, de façon claire et déterminée.
A la façon dont vous énoncez le kata que vous allez exécuter, on doit sentir que vous allez livrer un combat. Il ne faut ni marmonner ni hurler au point de ne plus être compris.
Un kata est un enchaînement de mouvements. Il faut, donc, le mémoriser et ne jamais modifier les mouvements ni l’ordre de succession ni les directions. Ces mouvements correspondent à des attaques, des blocages, des projections, des gardes, etc.

Avant la première technique, avant même d’énoncer le kata, il faut se préparer au combat. Adopter une position préparatoire, naturelle, pieds parallèles, épaules basses, corps en contraction moyenne, abdomen légèrement sorti, regard décidé.
L’esprit ne peut être concentré que si la préparation physique est effective.
Une fois cette position adoptée, il ne faut à aucun moment relâcher cette contraction de base. Il faut aussi adopter un rythme respiratoire adapté au combat : inspirer et expirer correctement pour obtenir l’élément vitesse.

Au cours du kata, il est important que les positions soient au plus proche de la perfection. Il faut, en particulier, respecter la répartition du poids sur l’une ou l’autre jambe, et alterner les phases de contraction et d’expansion du corps (hanches de face (shômen) ou de profil (hanmi). Trop de pratiquants délaissent les positions pour se concentrer uniquement sur les techniques, c’est une grave erreur !
Ceci dit, chaque technique nécessite un soin particulier. La position des mains doit être rigoureuse. Que la technique soit offensive ou défensive, il faut terminer chaque mouvement avant d’enchaîner le suivant. De cette perfection dépend la vitesse et la précision des déplacements ainsi que l’expression du sens de la technique.

Lorsque vous exécutez une technique, la signification doit être évidente tant pour l’observateur que pour l’exécutant qui doit ressentir en lui la réalité de ce qu’il est en train de faire.
Un kata est ponctué de kiai. Le kiai est un cri servant à réunir l’énergie de l’esprit et celle du corps lors du combat. Lorsque esprit, corps, respiration et voix s’élèvent simultanément au plus haut seuil de concentration, à ce moment, l’organisme tout entier ne forme plus qu’un. Selon les kata, il y a un ou deux kiai. Le kiai permet donc de renforcer votre esprit de décision qui doit prévaloir. Il ne faut pas omettre les kiai. Certains pratiquants font parfois preuve de timidité et n’osent pas donner le kiai. C’est à l’instructeur de leur expliquer pourquoi il faut s’exercer au kiai, à un moment bien précis du kata. D’ailleurs, dès que l’on est un peu expérimenté, on sent très bien soi-même à quel moment le kiai doit être poussé tant son existence n’est pas le fruit du hasard dans la séquence.

Si le kata est un enchaînement de techniques, il ne suffit pas de les exécuter tels des kihon, aussi parfaits soient-ils. Ce qui donne la vie et son caractère de réalité au kata en tant que combat, c’est son rythme.
Les mouvements sont agencés en séquences entre lesquelles il faut marquer de légères pauses. Elles correspondent le plus souvent à un changement de direction, un changement d’adversaire, ou à un temps de relâchement après un kiai. Mais il ne faut pas, au cours de ces brèves pauses, se décontracter physiquement, ni reprendre bruyamment son souffle, ni se déconcentrer. L’état de zanshin (esprit alerte, rester empli d’énergie pour pouvoir réagir à tout changement soudain et imprévu) doit être conservé à la fin de chaque mouvement alors que l’état de jitsu (conscience des ouvertures) doit être présent avant l’attaque.
Pour exprimer ces deux états de concentration, le corps doit rester souple, les mouvements fluides. Il ne faut entrer en contraction totale qu’au moment de l’impact, au moment du kime (le moment de décision, le point ultime).
Le rythme auquel se déroule l’enchaînement des séquences doit permettre de « lire » le combat de l’extérieur et de le ressentir quand on en est l’exécutant.

A l’intérieur du kata, il ne faut pas oublier qu’il y a des mouvements lents et qu’il faut respecter cette lenteur. Cette particularité, cette lenteur passagère n’est pas synonyme de décontraction, mais elle exprime la préparation à l’explosion.
J’ai souvent l’habitude de dire aux pratiquants qu’il faut aller plus lentement dans les passages lents et plus vite dans les passages plus rapides. Cette précision peut paraître inutile, mais si chacun y accorde une attention particulière, le kata prend une forme plus réelle. Le meilleur exemple est le kata Hangetsu, dont la première partie est exécutée lentement, tout en respiration, comme si le combattant emmagasinait l’énergie. Une manière de « faire monter la vapeur » pour exploser totalement dans la seconde partie du kata. Ce n’est donc pas par pur souci d’esthétique que le kata comprend des temps lents, ils correspondent à une approche psychologique de l’adversaire. L’alternance des temps forts et des temps plus lents donnent aussi le rythme au kata. Ce rythme est aussi caractérisé par l’emploi de la force au moment de l’impact. Il faut donner la puissance maximale puis revenir à une contraction moindre pendant les déplacements.

La fin du kata est aussi importante que son début. La dernière technique, très souvent accompagnée d’un kiai, doit permettre de se retrouver à l’endroit précis du point de départ. Tous les kata sont, en effet, prévus pour commencer et finir au même point. Cette obligation constitue une règle d’or. Elle rend compte de la précision avec laquelle les déplacements ont été exécutés ainsi que de la régularité des positions. Après la dernière technique, il faut conserver la concentration mentale et la contraction du corps. Le regard est toujours tourné vers le dernier adversaire que l’on ne doit quitter des yeux qu’après s’être assuré que le combat est bien terminé. C’est alors que l’on peut revenir à la position de départ (yoi dachi). C’est dans cet esprit et seulement dans cet état d’esprit qu’un kata doit être exécuté.

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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Un commentaire pour L’exécution Kata

  1. Marco(Ujio) dit :

    L’évolution est en route.Oss

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