Sensei …

Parmi les karatéka, on peut distinguer plusieurs catégories de pratiquants.
Ceux qui pratiquent le karaté comme un sport. Ceux qui suivent une discipline et enfin ceux qui  considèrent le karaté comme un art et qui cherchent à améliorer leur pratique. La vivre aussi, au jour le jour, et pourquoi pas la transmettre, la partager …

Enseigner la voie de la main vide. Consacrer sa vie à chercher, assimiler,pratiquer, comprendre, transmettre.
Mais à partir de quel moment peut-on être désigné comme « sensei » ?
Peut-on vraiment y prétendre un jour … N’est-il pas prétentieux de dire qu’on est « sensei » à partir de tel ou tel grade ?

Le mot sensei est riche de significations.
Etymologiquement, « sen » se traduit  « devant », et « sei » signifie « être ».
Grâce à son expérience, le sensei doit se situer devant les élèves.
Il doit tout au long de sa vie forger sa volonté, être capable de surpasser ses capacités physiques de façon à constamment progresser.

Je n’ai pas choisi la voie la plus facile, le karaté de la JKA est très exigeant.
Je veux simplement transmettre ce que je ressens. Rien n’est plus difficile. Cela demande un entraînement intensif.
Les sensations personnelles ne sont transmissibles qu’après une analyse objective.
Il faut être capable de comprendre avec du recul ce que l’on ressent avant de pouvoir le transmettre à autrui.
C’est un travail que je vis au quotidien. Parfois je suis déçu de moi, mais souvent je suis heureux de pouvoir « donner » tout ce que j’ai.
Pas facile, car en karaté, la recherche est constante, enrichissante aussi. Au-delà de la pratique physique, le côté spirituel est très important, moins perceptible.

J’ai appris beaucoup des autres, en observant les gens. Je ne parle pas uniquement sur le plan technique. Mais aussi sur le plan humain.
J’ai le souvenir d’un maître qui avait cette faculté de transmettre son savoir, sa technique sans explication ni parole.
Sa simple présence donnait des leçons …
Mon chemin est encore très long, mais c’est la voie que j’ai choisi de suivre.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
Cet article a été publié dans L'esprit. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Sensei …

  1. Onisan dit :

    Konnichi-wa Sensei,
    Encore un superbe article rempli de retenue et de vérité humaine. J’apprécie à sa juste valeur chaque mot posé l’un à côté de l’autre pour formuler et exprimer ta pensée.
    Bien à toi, Onisan.
    Oss !

  2. Bonjour Salvatore,
    Merci pour cet article qui en dit long sur ton état d’esprit. C’est vrai que « Sensei » n’est pas facile à accepter ou à refuser car comme tu le dis justement, il est riche de signification.
    Lorsque l’on enseigne, les élèves nous voient souvent comme des Maître sans défaut alors que nous, nous savons que nous sommes tout petit et que nous n’atteindrons sans doute jamais le sommet de notre art. La voie n’est pas toute tracée devant nous, c’est à nous de la faire au fur et à mesure, pavé par pavé.
    Tu poses la question : « Mais à partir de quel moment peut-on être désigné comme “sensei” ? »
    Je pense qu’il n’y a pas vraiment de règles car tout dépend de la signification qu’y met celui qui le dit. Certains emploient « Sensei » dans le sens de professeur, d’autre dans le sens de Maître.
    Je pense qu’on ne peut jamais réellement accepter ce « titre » si on y met toutes les significations qu’il sous entend car on sera toujours insatisfait de soit même et que la voie qu’on se trace n’a pas de fin. Il y aura toujours une marche supplémentaire à gravir.
    Amicalement,
    Bruno

  3. Alex dit :

    Il faut aussi préciser que dans les cultures asiatiques, l’emploi des titres est beaucoup plus systématique dans la la culture occidentale.
    Chez nous, quand on a un problème de plomberie, on chercher un plombier, pas un Maître Plombier. En Chine, ce n’est pas rare de voir les artisans, se faire appeler Sifu (Maître, en Chinois, le même que pour les maîtres de wushu) par leurs clients. Au Japon c’est le même principe, on peut être Sensei dans beaucoup de domaines différents, les arts, la spiritualité … mais aussi simplement l’artisanat.

    Pourquoi utilisons-nous le terme Sensei (en japonais précisément) chez nous ? Juste pour copier la tradition japonaise, ou alors réellement pour y donner un sens particulier ?

    C’est vrai que se faire appeler Sensei ou Maître c’est la classe, ça fait plaisir, on est fiers. Mais ça ne veut certainement pas dire la même chose chez nous que là d’où ça vient.

    Dans son « Séminaire de démystification martiale », Henry Plée, pionnier du karaté en Europe et un des plus hauts gradés hors Japon, se fait interroger par un participant. Sa question commence « Maître, vous … » Il se fait interrompre aussi sec par Henry Plée qui lui dit en rigolant « Alors premièrement je ne suis pas un maître, et deuxièmement tu peux me tutoyer ».

    Dans notre culture où les titres sont beaucoup moins utilisés qu’aux pays des « vrais » Sensei, Sifu et compagnie, n’est-il pas plus valorisant de se faire considérer comme un bon professeur, guide, tout ce que vous voulez … en laissant les choses dans leur contexte, et uniquement laisser parler ses qualités d’enseignant dont les élèves seront seuls juges. Et n’attendre en retour aucun titre, mais juste leur motivation à poursuivre l’aventure avec vous.

    Mes 2 sous de karatéka débutant qui n’a pas grand chose à vous apprendre. Mais pour avoir vécu quelques temps en Chine et avoir eu d’interminables discussions à cette époque avec des chinois et des japonais sur les différence culturelles, je trouve toujours assez décevant la façon dont les occidentaux tentent de réutiliser chez eux des concepts orientaux, avec toujours un petit je ne sais quoi d’à côté de la plaque.

  4. Marco(Ujio) dit :

    Bonjour Toutes et Tous.Pour ma part j’ai toujours le même enthousiasme à parcourir ce genre d’article;Il est significatif d’une grande humilité,ce qui est un atout majeur,et primordial,de notre passion commune.
    Passion dans ces aspirations,non seulement techniques,mais également humaines,états d’âme,…(les plus nobles et belles) qui font que le Budo ne demeure pas dans un schéma stéréotypé mais est davantage oxygéné par des membres qui le respire et non le copie,comme de beaucoup!
    Sensei,celui qui se trouve devant(non en terme de disposition spatiale mais plutôt temporelle(celui qui précède l’élève sur la Voie))est souvent mal interprété et si souvent usité à tort et travers.
    Force est de constater d’ailleurs qu’il possède beaucoup de synonymes qui trouvent toutes
    sortes de réajustements en terme d’enseignement.(Guru,sifu,instructeurs,moniteurs,maîtres,professeurs,enseignants,dirigeants,meneurs,instituteurs,éducateurs,conseillers,précepteurs…pour ne citer que les plus courants).
    L’ami Alex lève un point très intéressant lui aussi quand à l’interprétation de la tradition japonaise(ou autre)et son emploi de la langue(avec quelques fois ses dérives).
    Les Dojokun récités(exemple) en début et fin de cours,nous le prouvent souvent d’ailleurs lorqu’est demandée leur signification.
    Beaucoup de coutumes en font aussi les frais.En exemple,le reitsurei qui voyait la nuque s’offrir à l’adversité,libre de la couper ou non(vieille époque ou les Samourai prenaient ou laissaient la vie,en fonction de leur humeur du moment!).La question se pose alors du pourquoi du maintien de ces traditions extra-culturelles?.
    La continuité comme véhicule en préservation de vestiges,copie-conforme(pour faire comme si!!!),ésotérisme déplacé face au modernisme grandissant,,…
    Entendons nous bien que je ne suis pas contre une ingérence de termes et de traditions Japonais,loin s’en faut d’ailleurs!Mais le fait veut que c’est en totale prise de conscience et de compréhension que l’exécution s’en fait.Le Rei n’est pas une simple inclinaison de tète;sans vie et valeur,comme souvent de coutume de nos jours.
    La valeur,au Japon(et dans beaucoup de cultures,si pas toutes) est souvent estimée en notion d’anciènneté(quand une vieille personne s’éteint,c’est une bibliothèque qui brûle).Les Sempai veillent sur les Kohai…Le Sensei n »étant pas celui qui frappe le plus vite ou fort,simplement celui qui a fait le circuit avant eux.
    Il donne avec parcimonie l’un ou l’autre détail ou clé,sans plus,celà est derrière(quoique).Pour l’élève,tout est a faire ou a découvrir,…celà est devant.Le Sensei est l’aiguille,l’élève le fil,l’ouvrage leur oeuvre commune.
    Nous sommes Tous des Hommes sur une pratique de recherche en perfection et amélioration de l’espèce.Certains sont devant nous,d’autres derrières.Le plus important,selon moi,est le H qui se trouve devant chacun de nous et ce qu’y restera derrière.Merci.
    Marco

  5. Merci pour vos réactions, qu’elles soient positives ou négatives, l’important c’est qu’elles existent, elles sont la preuve d’une formidable expérience, que nous tissons tous et toutes ensemble …

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