Trouver un sens à sa pratique : kata en milieu naturel

Si dans mon article précédent j’évoquais l’entraînement sous la pluie, il est aussi difficile de s’entraîner sous un soleil de plomb.
Beaucoup d’entre nous pourtant, profitent souvent des vacances pour s’entraîner sur une belle plage, au bord de l’eau, et répéter des kata.
Je l’ai aussi fait très souvent … mais le sable, c’est cool. Les galets, c’est déjà plus dur. Mais le top, en milieu naturel (et même en vacances), c’est de trouver un terrain grossier, comme un champ de blé qui vient d’être coupé. En exécutant un kata sur un tel sol, on perd toute stabilité. Je pense que certains lieux d’entraînement devaient ressembler à ça lorsque jadis le karaté se pratiquait à Okinawa et que les paysans s’entraînaient sur leurs lieux de travail.

La perte de stabilité nous invite aussitôt  à corriger automatiquement les positions. Bien stabiliser les épaules sur les techniques de poings pour ne pas glisser vers l’avant. L’exécution d’un kata en milieu naturel, entraîne très vite une première réflexion : la fameuse position zenkutsu dachi … elle ne doit pas être trop longue car le pied avant se dérobe et automatiquement pour la rotation il est difficile de repartir.
Travailler dans ces conditions inhabituelles nécessite une attention particulière et des mobilisations musculaires différentes.
L’exercice du kata en sol rugueux pique aux pieds. Je suis donc obligé de me déplacer en faisant attention pour ne pas être blessé. C’est un excellent moyen de se déplacer rapidement et de ne pas taper des pieds comme le font certains karatéka.
C’est très fatiguant d’évoluer de cette sorte, mais il paraît que lorsqu’on est vraiment fatigué le corps trouve lui-même d’autres solutions …

J’aime beaucoup m’exercer sur le kata Hangetsu. La première partie est lente, respiratoire et lorsque j’attaque la seconde il faut lâcher le jus ! La première phase correspond à celle de la préparation pour permettre au combattant d’exploser dans la deuxième partie.
Bien que ce kata est surtout un kata respiratoire, on est vite pris de souffle, car ce kata, il faut le faire vivre. C’est important aussi de se sentir à bout de souffle, car parfois, c’est lorsque l’on est à bout de force que se produit une opportunité. En combat (car le kata est un combat permanent), lorsque l’adversaire faiblit, c’est à ce moment qu’il faut réagir et rassembler nos dernières forces pour le surprendre. Si l’on a pas l’habitude de cette situation, on ne sait pas comment trouver la dernière énergie.
Pour bien effectuer ce kata il faut placer les inspirations et les expirations aux bons moments. La seconde partie au contraire doit être énergique. De plus, on apprend à ne pas montrer sa respiration qui ne doit être que ventrale. Elle s’effectue avec la partie inférieure des poumons et doit être à peine visible.

Le kata est comme une partition. Il faut le lire, l’interpréter et l’apprendre. Dans ma quête du réel, il faut que je cherche des situations bizarres car je pars du principe qu’un bon combattant doit pouvoir s’adapter à tout et immédiatement. L’herbe humide, par exemple, limite mes mouvements qui sont donc plus courts.
On peut aussi travailler Hangetsu en milieu extérieur à deux. Par exemple, pendant la partie lente du kata, un ami se place à mes côtés pour me frapper dans les abdominaux, les dorsaux, les épaules, les bras et dans le fessier pour voir si les contractions sont respectées. Lorsque j’avance, mon ami m’empêche de me déplacer en me mettant un yoko geri au corps. Cela enseigne surtout au karatéka à ne pas se bloquer mentalement à l’idée qu’une attaque va arriver.
De cette façon, je ne fais pas la faute d’avancer en relâchant totalement ma respiration car ça me ferait mal.

Il est enrichissant de travailler dans ces conditions. Les éléments du corps : respiration, vigilance, stabilité se replacent dans leur contexte et se corrigent d’eux-mêmes. Ma logique me fait comprendre que les solutions de respiration, les déplacements, les positions ont été trouvés par les anciens dans un milieu naturel, et c’est lui qui corrigeait leurs fautes. C’est l’environnement qui a conditionné l’apparition des techniques de l’Okinawa-Te, et ça, bien souvent en dojo ça ne saute pas toujours aux yeux.

 

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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6 commentaires pour Trouver un sens à sa pratique : kata en milieu naturel

  1. Marco dit :

    Bonsoir;la position Kosa dachi qui vaut sur les Tekki (morcelés eux de même) n’est pas d’origine lorsqu’on fait référence aux temps anciens.Pour favoriser l’équilibre elle s’effectuait à cette époque héroïque sur le coté externe et complet du pied(sokuto).L’esthétique actuel prônant sur la pose orteils(koshi)reste délicat sur sol humide.Beaucoup de petits détails se sont perdus au fil du temps et de la réalité.Dommage mais rien ne nous empêche d’essayer de les retrouver et de les restaurer.Une recherche sans fin, rappelez vous.Merci

  2. Marco(Ujio) dit :

    Bonsoir et d’emblée,pas de merci mon ami,c’est un plaisir pour moi.
    Dans ta quête des situations »bizarres »le petit travail ci dessous peut t’apporter beaucoup je pense.J’y reviens souvent moi de même car il amène(tu t’en rendras compte très vite)a sortir du conventionnel et a mixer ton esprit.Je m’explique.
    Tu choisis un kata de pour le travail(supérieurs,avancés ou de base)et tu le démarres sur quelques gestes pour,ensuite,y annexer ceux d’un autre,et d’un autre,(ou revenir sur le premier).
    Je schématise pour faire clair car c’est pas facile à tâcher de faire comprendre par l’écriture.
    Prenons Bassai dai pour démarrer(dans lequel la priorité est de placer un mental fort),que tu lances jusqu’au temps des choku tsuki(par exemple).A partir de là,tu poursuis avec Sochin no kata(tu mixes alors ton mental fort et initial,vers un autre qui se veut plus calme et parfois plus violent).Après l’une ou l’autre phase,OU tu reviens sur Bassai ou tu poursuis avec un autre,comme Gankaku(exemple)qui te demande une forte dose en équilibre….
    Ce travail,hormis le fait de ne pas te voir robotiser les formes mères,t’aide à mixer et adapter ton mental-esprit et donc de passer d’une attitude à une autre.
    Un autre petit conseil,si tu le permets:Traduis les noms des katas et travailles les Outdoor dans le contexte qui leur sied le mieux.Exemples:
    Gankaku sur des rochers épars
    Sochin(plage)la violence des marée et le calme de la plage.
    Tekki 1,2,3 sur un chemin étroit,couloir,barque,…
    Unsu par temps d’orage
    ……..Cherche a t’approcher le plus près d’eux pour qu’ils finissent pas t’accepter comme un des leurs.
    Merci et Bonsoir.

    • Bonsoir Marco,
      J’aime beaucoup ton idée du « mix » … je vais essayer de travailler en ce sens prochainement …
      Travailler aussi sur le nom de chaque kata en s’y approchant le max outdoor, oui … je l’ai déjà fait partiellement …
      Je vois qu’à ce niveau là on se rejoint parfaitement.
      J’aime beaucoup ta conclusion, elle invite à la méditation …

  3. andy willaert dit :

    Bonjour Salvatore,

    Il m’a toujours étonné que tant de gens qui s’appelent eux-mêmes karatéka, chaque fois qu’ils ont eu l’occasion de le faire, déclarent combien ils pratiquent le karaté. Mais en réalité, ils sont presque jamais présent à l’entraînement ou ils sont tout simplement physiquement présent.

    Ensuite, il ya les « karatéka du bureau » soi-disant (je les appelle comme cele, en comparesont des personnes qui effectuent des travaux de bureau pendant les heures de bureau), qui sont uniquement présent à l’entraînement (de club) «obligatoire». Mais ils font jamais la coloration à l’extérieur des lignes, comme courir / faire du jogging pout le physique, exécuter des exercices de conditionnement dans le parc, s’entraîner une fois à l’extérieur lorsque le temps le permet, … Tout cela a à voir avec l’attitude et la motivation.

    Actuellement, nous avons organisé « des entraînements de l’été » à De Pinte. Si le temps le permet nous nous entraînons à l’extérieur sur l’herbe, sinon nous nous entraînons à l’intérieur du gymnase. Nous nous entraînons pas dans un gi le karaté, mais en pantalons de survêtement et un t-shirt. L’ordre et de discipline demeurent, mais l’intensité de la formation est maintenue élevée. Soudain, vous voyez d’autres karatéka qui seront nés …

    Amicalement,
    Andy Willaert

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