Trouver un sens à sa pratique : les kihon en milieu naturel

Pratiquant, puis instructeur, je désire toujours retrouver la réalité du karaté. Envie de savoir ce que justifient les techniques. Comprendre pourquoi il existe différentes positions longues ou courtes,.des attaques circulaires ou linéaires ?
L’envie de découvrir où, comment et dans quelles circonstances appliquer tout cela.

J’ai toujours cette envie de trouver par moi-même une réponse à toutes ces questions. Bien sûr, certains écrits, livres ou articles m’ont permis de me faire une idée de l’entraînement qu’il faut effectuer pour cela. Pour trouver des réponses à mes questions, une expérience pratique en milieu naturel est indispensable.

L’entraînement en dehors d’un dojo ouvre la voie d’une meilleure compréhension des mouvements car le karaté vient d’Okinawa qui est une île montagneuse où les techniques ont été adaptées au terrain.
La concentration en milieu naturel est différente, et permet une profonde réflexion sur soi-même.

Par exemple, l’entraînement de kihon sous la pluie … cela permet de découvrir qu’il est impossible d’effectuer certaines techniques de la même façon que dans un dojo. Pour un mae geri, pas de problème, mais si on effectue un yoko geri kekomi, Il suffit d’un léger déséquilibre pour perdre en puissance. Par ailleurs, les attaques qui nécessitent un démarrage sont irréalisables sur un sol glissant car le pied d’appui a fortement tendance à glisser. Il ne faut donc jamais oublier d’adapter les positions aux différentes situations.
Un sol difficile ne permet plus de travailler à la même distance que dans un dojo bien plat et stable.
Mais le fait de vouloir exécuter des techniques sur sol glissant est une prise de risque. C’est aussi utile car cela nous familiarise avec un sentiment de peur.
De grands maîtres ont atteint une réelle efficacité dans leurs techniques en cherchant à ne plus craindre la mort lors de combats réels. Aujourd’hui, il faut atteindre autrement cette expérience, de façon plus graduelle. C’est une prise de risque limitée mais qui conduit à ne plus avoir peur de soi-même.

Autre exemple, le fait de monter sur une grosse pierre ou un rocher pour effectuer l’une ou l’autre technique de jambe. Le but, est de ne pas tomber. C’est crispant car l’esprit comme les muscles sont tendus. Et au premier mawashi geri jodan vous risquez de vous retrouver par terre. Voilà pourquoi l’équilibre physique et mental est le principe fondamental de tous les arts martiaux. Cela montre l’importance de l’influence du mental sur le physique.
Cette peur de tomber, me fait penser qu’en combat il faut se détacher de tout pour ne pas se laisser distraire. Si je parviens à ne plus penser que je risque de tomber, je réussi mon mawashi geri sans aucune difficulté, même le pied posé sur une pierre inclinée. Donc, lors d’un combat, il faut se concentrer uniquement sur son adversaire et sur soi-même.

Et cette recherche de la difficulté en milieu sauvage ou naturel me porte à tirer une  conclusion. Il ne faut pas travailler d’après un style qui privilégie une ou deux positions mais d’après une recherche qui permet d’appréhender toutes les situations qui peuvent se produire lors d’un combat réel.
En karaté, il y a plein de personnes qui sont fières de leur titre de champion, de leur grade, etc. Sans chercher à jeter la pierre à qui que se soit, je constate que tous ces titres sont des grades de dojo, dont la valeur est remise en cause dans la réalité. Une remise en question permanente est nécessaire pour tenter de connaître en partie la vérité. Car en milieu extérieur, la leçon, ce n’est pas un instructeur qui vous la donne, mais la nature qui nous entoure. Et au travers de tout ça, je recherche mes limites.
Je ne suis pas plus maso qu’un autre, mais le fait de m’imposer des difficultés que je ne retrouve pas en dojo me permet de découvrir quelles sont mes faiblesses et ce que je peux faire pour y remédier.

C’est ça l’entraînement !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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3 commentaires pour Trouver un sens à sa pratique : les kihon en milieu naturel

  1. brunobandelier dit :

    Bonjour Salvatore,

    Merci pour cette réflexion sur l’entrainement en pleine nature. Tu as raison on est souvent cantonné à nos dojos respectifs et ça a tendance à scléroser nos pratiques. Déjà le fait de changer de dojos et donc d’habitudes d’entrainement est perturbant, donc adapter sont karaté au milieu naturel, c’est sur que ça doit changer la donne.
    Faire des techniques face au soleil, sur l’herbe, sur un terrain incliné, en plein vent ou, comme tu le sites, sous la pluie oblige notre corps à s’adapter à la nouvelle situation et à réfléchir sur notre pratique très cloisonnée.
    On pourrait également aller plus loin et juste observer la nature et y chercher les vertues du Karaté. C’est ce que je me suis amusé à faire lors de mes dernières vacances :

    Le Karaté, le Yin et le Yang et Dame nature

    Bon, moi je n’ai fais qu’observer et je ne me suis pas entrainé avec dame nature car j’avais promis de ne pas faire de Karaté pendant mes vacances 🙂

    Amicalement,
    Bruno

    • Bruno,
      J’aime bien ton article sur le karaté et dame nature …
      On apprend beaucoup en observant celle-ci.
      Pour ton info, j’ai prévu une suite à cet article, ayant pour thème l’exécution d’un kata en milieu naturel … le kata illustré sur ma photo, hangetsu.
      A bientôt !

  2. Marco dit :

    Bonjour les amis;j’affectionne particulièrement ce sujet,et pour tout dire,il est une de mes tasses de thé préférée.Le fait de pratiquer outdoor fait prendre conscience de beaucoup de choses.Ces choses qui ont changées de directions par le fait du travail conformiste,conventionnel et académique des dojos(qui reste primordial).En référence à cela,nous pouvons prendre nos Katas et l’accent porté à l’extrême sur l’esthétisme lors des compétitions actuelles.On en vient à sacrifier parfois même l’équilibre pour aller vers quelque chose qui plaît,plus qu’il ne soit efficace,paradoxe martial.
    Bref,après une analyse profonde de la chose,retourner vers ce travail extérieur nous ramène vers un pragmatisme technique évident.
    Mais ne nous arrêtons pas là et développons cet aspect abordé de  »Dame nature » dans les Arts martiaux.
    Shotokan par exemple,(quoique révélé pseudo de Funakoshi Sensei, fait référence aussi au vent dans les pins).Hors en y regardant on peut y voir ce qui caractérise essentiellement l’école(c-a-d le travail en avancée-recul,tel le va et vient des pointes de sapins!!),les marées,les forces centripètes et centrifuges des ouragans ou tourbillons de rivières(référence elles, aux Tai sabaki de l’Aikido,par exemple),le dur et souple permanent de dame nature nous menant vers l’école Goju ryu,Judo,….
    Cherchez et vous trouverez quantité de phénomènes naturels qui cohabitent avec les pratiques Budo.
    Anecdote maintenant pour appuyer sur ce travail individuel et la prise de conscience de l’emprise du milieu nature sur vous et votre pratique.
    Ayant travaillé intensivement plus de 4 mois sur les Kata Tekki,positionnement,timing,….en Dojo,j’ai dès lors tenté l’expérience sur une passerelle large de 50 cm et se trouvant à 80 m de haut(Par ma fonction professionnelle,j’ai facilement accès à ce genre d’obstacle).Partant du fait que l’écartement des pieds serait identique et habitué au travail en hauteur,je pensais la chose aisée!Hé bien les amis,c’était chaud et que j’ai du prendre sur moi plus d’une fois!! Par après,la chose devenant plus aisée(relatif),j’ai tenté l’expérience par temps pluvieux…pour finalement achever ce test,de nuit.Je tiens malgré tout a préciser que j’étais retenu solidaire à la poutre par une longe en corde(faut pas être c…).Mais imaginez,maintenant,votre vie en dépendant,devoir exécuter le Kata sans système de retenue….La nature nous donne les meilleures leçons qui soient,aussi est ce une raison de plus de la respecter.
    Chacun de nous a des limites qu’il se doit de dépasser,me semble t il.Le Karatedo est un moyen de le faire,la Nature en est un autre.Alors,imaginez le Karatedo en fusion avec elle.Un miracle de la Nature,non?
    Merci
    Marco

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