L’esprit du karaté

Nous sommes arrivés aujourd’hui à un carrefour crucial dans le développement du karaté.
C’est l’heure du choix. Aller dans une voie qui signifie la perte des valeurs traditionnelles ou bien au contraire choisir celle de la préservation de ce que nous avons reçu par Satoshi Miyazaki Shihan.

Il me semble indéniable, et je dirais même normal, que le karaté ait subi des changements depuis son introduction chez nous. Mais ils se sont effectués dans un ordre et un esprit tels, que l’ont est à présent dans une situation parfois surprenante. Une situation où parfois le karaté perd sa crédibilité. Et si on ne prend pas garde à certaines choses, nous risquons de nous enliser dans cette voie que nous commençons à emprunter. Je me sens personnellement responsable, et d’autres avec moi, de ce qu’il est en train d’advenir du karaté, dans la mesure où j’enseigne depuis quelques années déjà, et dans la mesure où je suis persuadé que nos mentalités peuvent s’adapter aux exigences fondamentales de la pratique d’un art martial.

Pourquoi cette remise en question ? Parce que je trouve qu’on a tendance à apprendre vite, de maîtriser rapidement les sujets d’étude et de se séparer rapidement aussi de la source de connaissances pour gagner son autonomie. Hors il faut de nombreuses années pour mûrir dans notre karaté. Le grade n’est pas une finalité en soi.
Qu’on le veuille ou non, le karaté reste un art importé d’Asie. Que disent les « modernistes » ? Ils affirment que maintenir le karaté dans son contenu traditionnel est, non seulement, une perte de temps mais un non-sens !
Je ne suis pas un « traditionnaliste » qui adopte une position rigide, c’est peu défendable aussi … Il ne faut pas nier purement et simplement la culture des pratiquants, de nos élèves, ceux qui deviendront un jour nos successeurs, faute de quoi notre enseignement perdra de son sens.

Mais si l’on veut préserver pour les générations à venir un karaté de valeur, il est sage de savoir l’adapter, sans le dénaturer. Je suis intimement convaincu que c’est aussi la position de nombreux maîtres japonais qui viennent apporter chez nous leur enseignement et leur message. Quand on observe ces maîtres qui demeurent fidèles à la Belgique, on s’aperçoit qu’ils ont eux aussi appris à faire des concessions sur leur façon d’enseigner.
Mais tous s’accordent à préserver un certain « esprit ».
Le karaté s’est développé en Asie au sein d’une société fortement hiérarchisée. Il reflète les principes qui régissent les structures sociales. Faut-il alors s’étonner que le karaté se présente sous un aspect si formalisé et que l’on retrouve au sein de l’ambiance d’un dojo ces formes de relation ? Le karaté est au départ un art traditionnel, faut-il lui ôter le droit d’exiger qu’une discipline physique réponde à un certain nombre de critères essentiels pour être qualifié d’art martial ? Je pense qu’il est le devoir de chaque instructeur de club de méditer sur ce sujet.
Le karaté comporte des attaques, des parades de poing et de pied. A ce stade, il n’est en rien différent de n’importe quel système de self-défense. Mais ce qui le caractérise et est fondamental, ce qui fait de lui le karaté, c’est qu’il ne peut se pratiquer sans kime !
Le kime suppose bien plus qu’une contraction musculaire à l’impact. Il englobe une détermination psychologique qui, dans un effort simultané et coordonné avec la tension musculaire, procure à la technique son aspect complet.
Sans kime, il n’y a pas de karaté … C’est toute l’essence du karaté. Cet esprit bien particulier à la JKA , nous devons le garder en nous et le véhiculer au sein de chaque dojo. Avec tout ce qu’il comprend.  C’est ce qui nous caractérise et qui nous projette à la source de ce que nous avons reçu par Satoshi Miyazaki Shihan.
Et ca, nous ne devons jamais l’oublier … Oss !

Publicités

A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
Cet article a été publié dans L'esprit. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour L’esprit du karaté

  1. Onisan dit :

    Konnichi wa Sensei.
    Comme à mon habitude, après avoir lu ton article j’en ai disserté avec notre vénérable Dâkuseibâ Sensei qui est pétri d’une connaissance universelle.
    Il m’a donc dit, après un instant de réflexion :
    – Onisan, ce que relève Salvatore Sensei est exact. Et, sans vouloir être prétentieux, je me permets d’ajouter que le Karaté, que j’énonce avec un grand « K », est à la foi intellect et émotion.
    Notre art doit refuser tout compromis dans ce qu’il a de plus traditionnel, il ne doit pas chercher à s’adapter au pratiquant, c’est à ce dernier de produire l’effort.
    Ce qui importe, c’est la conviction qu’il mettra dans la manière dont on il s’appropriera l’esprit du Karaté ».
    Avec mon amitié fraternelle, Onisan.
    Oss !

  2. andy willaert dit :

    Salvatore,

    Tu as bien raison: nous – comme des entraïneurs et responsables des clubs – nous sommes obligés de transmettre l’esprit du vrai karaté comme nous l’avons reçu du Shihan Miyazaki et comme Sensei Gneo essaie encore aujhourd’hui.

    La compétition doit être vu plus comme une partie et une façon de se déveloper comme karateka. Mais ce n’est pas tout … seulement une partie.

    Oss,

    Andy Willaert
    Tasseikan De Pinte
    Tekukan Gent

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s