Réflexion sur le karaté


Pourquoi pratiquons-nous aujourd’hui un art de combat tel que le karaté ? Qu’y cherchons-nous ? Qu’est-ce que cet art peut nous apporter ?
Le karaté est vu comme un sport de combat brutal pour l’un, noble pour l’autre, comme un art de sagesse, etc.
Si le karaté est largement répandu aujourd’hui, son image est morcellée. Pour que chacun de nous puisse y trouver sa voie, il faut essayer de comprendre ce qu’est cet art pour pouvoir tracer un itinéraire à suivre.

La progression en art martial est souvent complexe. On peut comparer le karaté avec l’alpinisme, autre pratique mais dont certaines images reviennent souvent en karaté.
Je pense à l’image de la montagne qui est souvent évoquée dans la philosophie martiale.
Car comme pour l’ascension d’une montagne, en karaté, il ne suffit pas de faire l’effort de monter, il est indispensable de connaître la direction à suivre.
Dans l’art martial, l’importance de l’entraînement va de soi, mais les efforts sérieux et prolongés ne suffisent pas à assurer la progression. Il faut suivre un chemin tracé dans une montagne abrupte et difficile. Sinon, on risque de tourner en rond jusqu’à l’épuisement dans résultat et de devoir abandonner l’ascension en perdant son énergie et son objectif.

La réponse à cette réflexion est la suivante : l’équivalent de ce chemin à suivre est la tradition. Si on examine un peu de plus près le karaté aujourd’hui, nous constatons d’abord que par rapport au temps passé la durée de la pratique s’est raccourcie. Le plus souvent entre vingt et quarante ans. A quelques exceptions, rares sont ceux qui continuent avec quelque assiduité au-delà de cinquante ans. Une fois calmée l’effervescence de la jeunesse, il reste peu de chose. Pour beaucoup hélas, après des années de pratique, se produit un relâchement, sinon un abandon. Ceci n’est pas une généralité, heureusement, mais cela se vérifie souvent. Il suffit de regarder autour de nous, et de constater combien de nos amis ont lâché le karaté-gi.
Cette situation tient au fait que pour beaucoup d’entre nous, la pratique repose uniquement sur un déploiement d’énergie physique, à l’exclusion de toute autre signification.
Il est vrai qu’on constate différentes formes de malaise chez des personnes qui se sont entraînées sérieusement pendant des décennies. On découvre des traumatismes, soit aux genoux, soit au dos, soit aux hanches.

Alors on entend des réflexions du type « j’ai déjà 40 ans, ou 50 ans, donc il est normal que je sois moins bien qu’il y a dix ans ».
Et pourtant, l’histoire du karaté montre que c’est après 50 ans que l’on pénètre dans le domaine de la maîtrise de l’art.  L’adepte doit se former de telle façon qu’il puisse à un âge avancé entraîner de jeunes disciples avec l’aisance de la supériorité. Des finesses, des subtilités comme les branches d’un grand arbre doivent le rendre capable de montrer, à n’importe quel moment, un modèle de l’art martial.
Ce niveau existe, fort heureusement, nous pouvons en compter quelques bons exemples dans notre petit pays qu’est la Belgique.

Alors, lorsque vous avez l’occasion de pouvoir bénéficier de l’expérience d’un « ancien », saisissez ce moment précieux. Ces maîtres, qui ont traversé les années, avec à leur compteur des milliers d’heures de pratiques, sont un héritage et une source d’inspiration pour la génération de karatékas actuels. Laissez-vous guider dans ce chemin sinueux, qui parfois égare certains, et en ramène d’autres quelques temps plus tards.

 

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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4 commentaires pour Réflexion sur le karaté

  1. Bonjour Salvatore,
    Merci pour cette réflexion sur le Karate et notamment le Karaté-Do.
    Tu as raison de dire que sans chemin, on va se perdre dans des entrainements qui nous feront tourner en rond.
    Comme dans beaucoup de domaine dans la vie, il nous faut un chemin, une voie (le Do), c’est le principe même du Karaté. C’est pour cela que le Karaté est un art de vivre et ce comme tu le dis, à tout age.
    On ne cesse pas de vivre à 50 ans alors pourquoi cesser le Karaté? Parce que les Mawashi Jodan deviennent trop difficile?… Est ce que le Karaté est vraiment là? bien sur que non!
    Le Karaté est un art qui, certes élève le corps par un entrainement régulier, mais qui élève également l’esprit par une réflexion de tous les jours.
    Cette rencontre entre le corps et l’esprit devient de plus en plus présente au fur et à mesure des années.
    Donc n’arrêtez pas! suivez la voie! Elle vous même au sommet …
    Amicalement,
    Bruno

  2. Onisan dit :

    Konnichi-wa Sensei,
    Le but du karaté, qui est d’abord une école de vie, n’est pas de faire de chacun de nous un champion mais de faire en sorte que l’on puisse avancer vers la Voie et en tirer profit pour notre propre vie.
    Si dix peintres se retrouvent devant le même paysage, ils ne vont pas peindre le même tableau. Il ne s’agit pas de travestir l’esprit du karaté, mais de chercher au fond de soi-même la Voie.
    Le but n’est pas d’être nouveau, le but est d’aller plus profond.
    Et puisque l’on parle d’âge, je me permets d’ajouter ces trois citations :
    – Les vieux fous sont plus fous que les jeunes (La Rochefoucauld)
    – Un cerveau bien soigné ne se fatigue jamais (Jules Renard)
    – Le vieux balai connaît les coins (Proverbe irlandais).
    Avec toute mon amitié fraternelle.
    Onisan.
    Oss.

  3. Onisan dit :

    Konnichi-wa Ototo,
    J’ai rencontré Dâkuseibâ Sensei hier soir et je lui ai parlé de ce qui te chagrinais de certains commentaires suite aux deux articles que tu as rédigé.
    Il m’a souri et avec son petit air malicieux, m’a dit :
    – Dans la vie tu trouveras toujours sur ton chemin des esprits chagrins qui aiment couper les cheveux en quatre avec leur sémantique à quatre sous. Dis-toi bien ceci : « Le sarcasme est la forme d’esprit la plus ordinaire ».
    Avec toute mon amitié fraternelle, Onisan.
    Oss !

  4. Marco dit :

    Magnifique article et commentaires que ceci;il est toujours plaisant de faire le constat que l’on n’est pas seul sur cette Voie de haute valeur.
    La  »montagne » et ses références est un fait.J’ai parcouru divers sommets sur cet itinéraire,en tant que premier de cordée (Haut Alas,Alpes,…) et il reste vrai que ce comparatif entre l’élément et notre Art est plus qu’ excellent.Force est de constater aussi que c’est surtout sur l’ascension que je retire l’intérèt principal car après tout,comme je le mentionne souvent,au sommet,le paysage est le même pour chacun de nous,non?
    Cette ascension peut se faire de diverses manières;par l’itinéraire le plus  »hard »en escalade,par le petit chemin sinueux en pente douce,en autonomie totale ou avec appui logistique,en regardant la trace neigeuse ou le paysage,….bref chacun voit où je veux en venir.Mais que l’on retienne une chose,c’est qu’il y a toujours un moment où l’on doit redescendre,au risque de stagner et de ne pas entreprendre d’autres ascensions.
    N’oublions pas non plus ceux qui nous ont précédés dans cette quète(les ouvriers et les amis de la montagne),qui ont balisés les itinéraires,qui se sont investis corps et âmes pour permettre ces facilités d’accès,….
    Les paysages admirés se verront avec les états d’âmes et de coeur du moment;qu’ils soient ceux d’un homme de 20,50,70,ans;;;;;Le chemin que l’on parcoure EST la véritable valeur,l’objectif RESTE secondaire.Merci;
    Marco

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