Une autre vision…

Le karaté moderne, plus axé sur la compétition, a peu à peu dénaturé le karaté traditionnel au point de le rendre parfois insipide.
Très souvent, on fait la distinction entre l’attaque qui est l’action et le blocage qui lui est la réaction.

Le mieux est d’illustrer tout ça avec un exemple. Sur une attaque, que faites-vous ? Vous bloquez, c’est-à-dire que vous utilisez juste assez de force pour parer ou pour dévier cette attaque. Donc, après votre blocage, rien ne change, la situation reste la même, votre adversaire peut recommencer une autre attaque que vous allez encore parer ou dévier. Ca peut durer très longtemps ça …
En combat réel, il faut réagir différemment. Si on cherche l’efficacité, il faut mettre l’adversaire hors d’état de nuire. Le plus vite possible est toujours le mieux. Un combat n’est jamais une partie de plaisir.
Que faire ? Imaginons une attaque en jodan tsuki, vous parez en jodan uke. Il faut l’appliquer avec toute votre puissance, avec dans l’esprit l’idée de briser le bras de votre adversaire. Même si, dans les faits, vous ne parvenez pas à ce but, vous aurez néanmoins créé un choc, donc une douleur, telle que sa détermination sera brisée, ce qui vous laissera le temps d’enchaîner, si nécessité il y a.

On a tous en tête des histoires d’anciens maîtres qui avaient des blocages tellement puissants que leurs adversaires avaient l’impression que leurs bras ou leurs pieds étaient faits d’acier, et la douleur qui en résultait était telle qu’ils étaient forcés à la retraite.

Aujourd’hui, en karaté, on a plutôt tendance à adopter une attitude passive. On attend qu’une attaque soit presque terminée avant de lancer une technique de blocage.
C’est un peu illusoire si l’attaque est réellement puissante. Et celui qui bloque encaisse l’intégralité du choc. Si par contre, vous brisez l’attaque de votre adversaire, votre technique est non seulement plus efficace, mais vous ne sentirez rien, ou presque. Mais pour cela, il faut « entrer » dans l’attaque. Physiquement, mais aussi mentalement. Même si vous devez reculer pour bloquer cette attaque, peu importe ! Mentalement vous devez aller à l’encontre de l’attaque. C’est l’esprit qui est le plus important. Exécutez votre technique avec l’intention d’aller de l’avant et non de reculer.

Bien entendu, pour appliquer ceci, il faut revenir à la conception traditionnelle du karaté telle qu’elle était enseignée avant l’avènement du karaté sportif.
Et puis, après tout, tant pis pour mes adversaires … Ils n’auront qu’à pratiquer le durcissement au dojo (ca aussi ça n’est plus « tendance »)
La conception moderne est contraire à l’esprit et à l’essence du karaté traditionnel.
Il faut parfois prendre le temps de revenir à nos racines, de revenir à ce karaté efficace, où la touchette n’existait pas … un type de karaté qui certes, faisait beaucoup de mal au corps, mais tellement de bien à l’esprit !

Oss …

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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Un commentaire pour Une autre vision…

  1. Onisan dit :

    Konnichi wa Sensei.
    J’ai été surpris par la virulence qui sourd de tes propos dans ta distinction entre le « karaté traditionnel » et le « karaté sportif ».
    Comme à mon habitude, lorsque quelque chose me trouble, je m’en confie à Dâku-seibâ Sensei.
    Comme toujours, avec sa grande sagesse, il m’a obligé à élargir mon raisonnement en me posant ces simples questions :
    – Que représente pour toi le karaté ?
    – Le karaté est un art martial.
    – Que représente pour toi l’art ?
    – L’art est une activité humaine qui s’adresse aux sens, aux émotions et à l’intellect.
    – Que signifie pour toi l’adjectif martial ?
    – Il qualifie ce qui se rapporte au combat.
    – Que signifie pour toi le sport ?
    – Le sport est un ensemble d’exercices sous forme de jeux individuels ou collectifs.
    – Maintenant que tu as répondu à ces quatre questions de base, quelles conclusions tires-tu de tout cela.
    – L’art n’est pas un sport et le combat est loin d’être un jeu, individuel ou pas.
    – Bien.
    – En guise de conclusion, je te demande de méditer sur les propos de Stéphane Hessel, célèbre écrivain et philosophe français : « Celui qui s’indigne se remémore une dignité perdue et, de la sorte, la reconquiert. »

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