De la rizière au kihon kumite

Connaissez-vous cette histoire qui advint, dit-on, à un paysan quelque part en Asie ?
Ayant économisé des années durant, il put acquérir une rizière dans laquelle il planta des plants de riz. Il était tellement impatient de voir venir le temps de la récolte que, chaque matin, il ne pouvait s’empêcher d’aller tirer sur ses plants, sans se rendre compte, qu’à chaque fois, il les déterrait un peu plus. Au bout de quelque temps, ses plants moururent.

L’impatience de ce paysan n’est pas sans rappeler celle des instructeurs qui brûlent les étapes de l’évolution normale de l’acquisition des connaissances, en lançant leurs élèves trop prématurément dans le kumite libre, et dans les compétitions en tout genre.

Petit à petit, les lacunes en techniques de base se font sentir. Il n’y a qu’à voir le nombre de compétiteurs dont la technique souffre d’un  manque total de kime pour s’en convaincre. Toutes les médailles de la terre ne pourront jamais remplacer cet élément fondamental sans lequel il n’y a pas de karaté, pas plus qu’autre chose d’ailleurs car le kime est une notion commune à tout le budo. Un dénominateur commun.

Tous les karatékas sérieux le savent. Le combat conventionnel (kihon kumite) est, avec le kata, la meilleure préparation à l’assaut libre. Après que le débutant ait consacré un certain temps à acquérir les kihon par un travail solitaire, les kihon kumite sont l’étape logique de l’entraînement. Dans ce travail, il apprend à appliquer à bon escient telle ou telle technique qu’il a apprise seul.

L’introduction au travail avec un partenaire, contribue à inciter le débutant à prendre conscience de la réalité du combat tout en l’habituant à vivre cette situation.
Notons que, bien guidé, le débutant devrait déjà acquérir cette sensation du combat dès le stade du travail des kihon. Il revient à l’instructeur de transformer l’exécution des mouvements sans grande signification aux yeux des débutants en des techniques de combat, grâce à un travail d’explication tant des principes physiques que mentaux. Ce travail préliminaire est primordial, sous peine de transformer les kihon kumite et les autres formes du kumite en partie de « rigolade » inutile. Comme je le vois souvent dans certains dojos.

Arrivé au stade du kumite, le débutant prend conscience de la réalité, la possibilité de se blesser ou de blesser un partenaire.  C’est le temps de la peur du coup. Nous passons tous et toutes par ce stade, c’est normal …  C’est pourquoi ce genre de travail est important car il lui permet de s’habituer à voir venir les attaques sans fermer les yeux. Il est nécessaire d’exiger un grand contrôle qui permet aux partenaires de travailler sans crispation. Encore un point important sur lequel j’aimerai insister. La notion de contrôle n’est pas synonyme de dégression de force à l’impact. Ce n’est pas ça l’esprit du karaté. Et c’est encore là que le rôle de l’instructeur est majeur.
Concrètement il ne s’agit pas de partir fort pour dégresser et annuler toute puissance à l’arrivée. On ne pratique pas un « sport de détente ». On pratique un art martial ! J’ai le cœur qui « explose » quand je vois certaines ceintures « noires » travailler ensemble en kihon kumite ! Nous faisons partie de l’école la plus dure. C’est un choix.. alors de grâce, mettez-y tout le mental nécessaire à faire de vous un karatéka digne de ce nom. C’est aussi ça qui fait la force de notre école JKA.

Pour en revenir à notre manière de porter une attaque, il faut, au contraire, accélérer sa force et arriver à l’impact avec le maximum de puissance. La seule façon de contrôler est alors de bien calculer sa distance compte tenu de sa portée d’attaque.

L’appréciation de la distance doit être effectuée par les deux partenaires. Certains instructeurs confient à l’attaquant le soin de cette évaluation. Je pense qu’il appartient bien sûre à l’attaquant de déterminer la distance et la portée de son attaque mais c’est surtout au défenseur de déterminer la distance du travail. A partir du moment où la distance est déterminée, l’exercice peut se dérouler, en principe, sans risque pour les partenaires. Ils peuvent alors se concentrer sur le travail fondamental (bonne posture, forme exacte des techniques, puissance, vitesse et timing).

Comme on le voit, le kihon kumite permet un travail d’un ensemble de points aussi variés qu’importants. Il appartient encore et toujours à l’instructeur, de choisir le ou les points qu’il faut travailler, en fonction du niveau technique, en dosant le degré de difficulté. Une ceinture blanche ne peut faire ce qu’une ceinture marron fait sans difficulté. C’est pourquoi un choix judicieux des techniques s’impose.

Nous avons dans nos programmes d’examens de passage de grade JKA différentes séries et combinaisons de techniques, établies compte tenu des difficultés d’exécution, du travail de déplacement, etc. Ce système a été élaboré pour progresser en fonction des différents niveaux techniques des pratiquants. La progression de chacun est le but final.
Il est le devoir de chaque instructeur d’initier et de répéter sans cesse ces différentes combinaisons en club. Afin de préparer au mieux chaque candidat au grade supérieur, mais aussi lui offrir la vision exacte de ce qu’est le karaté martial avant toute chose.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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2 commentaires pour De la rizière au kihon kumite

  1. david dit :

    Encore un très bon article!

    Votre blog est vraiment très bon!

  2. Marco dit :

    Magnifique article;riche en enseignements,en sagesses…et espoirs dans une Voie que l’on souhaite Toutes et Tous comme l’oxygène qui nous unis.Bonne année.
    Marco

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