La voie est ouverte …

En ce début de saison, les dojo rouvrent leur portes. Les anciens reprennent leurs habitudes d’entraînement, les débutants tâtonnent, et les curieux viennent jeter un coup d’oeil. Les non-initiés qui pensent à débuter vont poser de nombreuses questions et nous obliger, nous instructeurs, à apporter des réponses claires. Des réponses pour les aider dans leur choix.
Car les gens ont souvent des a-priori  suscités par les média.

Quelles questions posent-ils et comment y répondre ? Ce début de saison m’a semblé propice à en répertorier certaines, étant entendu que cette liste n’est pas exhausive et que les réponses reflètent un état d’esprit plus qu’une formule figée.

« Mon fils a cinq ans, est-il trop jeune pour commencer la pratique du karaté ? »
En fait, il vaut mieux attendre une plus grande maturité physique et psychologique, disons que 7 ans est l’âge idéal. Ceci dit, de nombreuses écoles de karaté proposent des « séances d’initiation » pour les plus jeunes. C’est une bonne alternative. En effet, une certaine ambiance de rigueur règne dans les dojo et c’est une bonne formation à l’autonomie et à la discipline. De plus, les exercices proposés en général préparent le corps aux mouvements du karaté. Les enfants peuvent aussi se familiariser avec un décorum (maître, salut, termes japonais, etc)
L’important demeure que, si ces instants doivent être agréables et source de détente, ils ne soient jamais assimilés à une pagaille récréative.

« Mon enfant est bagarreur, instable, plutôt agressif. Est-ce que le karaté ne va pas alimenter ce penchant ? Peut-il à contrario le calmer, l’assagir ? »
Les effets du karaté varient en fonction des individus et beaucoup en fonction des enseignants. Un enfant agressif a un potentiel de combativité qui, dans le karaté, devrait être un atout. Mais il faut canaliser ce potentiel, le cadrer dans des exercices imposés, être vigilant et l’assortir impérativement d’une morale : l’enfant doit être responsabilisé par rapport aux conséquences éventuelles de sa violence et instruit que les techniques ne sont autorisées, en dehors du cadre de l’entraînement, que si on est obligé de se défendre. L’enfant va donc apprendre à se contrôler, à désamorcer plutôt qu’à susciter les situations conflictuelles. Ceci dit, il faut bien avertir les parents qu’aucun instructeur ne remplacera l’acte éducatif en famille. Il peut aider, mais l’entraînement n’est ni une rééducation ni une psychothérapie.

Est-ce que les femmes peuvent pratiquer le karaté sans dommage ?
Cette question part d’un a-priori non exprimé, à savoir que le karaté est un art viril, où il est question d’apprendre à se battre et que la féminité s’accomoderait mal. La même question concerne aussi les personnes plus âgées. Outre le fait que la violence n’est pas l’apanage exclusif des jeunes mâles et qu’il existe des femmes et des personnes d’âge mûr combatives, le karaté vaut bien au-delà de la gestuelle violente, de l’échange de coups. Certes, tous les pratiquants sont appelés à se perfectionner techniquement mais il leur est demandé aussi de se former psychologiquement et de savoir affronter les situations dangereuses, qu’elles soient physiques ou psychiques. Le karaté est un art conçu pour tous les publics, où l’évaluation se fait par rapport à soi-même et non par rapport au groupe. Donc les femmes et les personnes âgées y trouvent leur place aussi bien que les jeunes hommes.

« Peut-on choisir de pratiquer exclusivement le combat ou, au contraire, se consacrer à l’entraînement individuel comme les kata par exemple ? »
Ce serait mal comprendre le karaté que de le réduire à tel ou tel aspect. Il est vrai que certains dojo sont très axés sur la préparation au « combat sportif « , à la compétition et répondent donc au désir de certains pratiquants. Mais le karaté est avant tout un art traditionnel et un vrai dojo traditionnel n’autorise pas ce choix que je qualifie de fantaisiste …
Posséder une bonne technique pour s’en servir pour régler ses petits comptes personnels ou pour gagner des médailles n’est pas même fiable. Une bonne technique n’est efficace que si elle est par quelqu’un qui, parallèlement, possède de la vertu, qui ne se laisse pas emporter par des émotions ni dominer par la colère. Le combat dans le kata est une porte ouverte vers cette vision.
Le karaté est une voie, un cheminement pour préserver sa vie, son capital-santé, pour s’améliorer humainement.
N’oublions pas que ce sont des systèmes philosophiques humanistes qui ont inspiré les arts martiaux, devenus ainsi des arts au lieu de demeurer des techniques meurtrières.
Apprendre à combattre pour ne pas combattre, côtoyer la violence pour s’en déprendre…
Mais on peut aussi regarder les choses sous un autre angle. Le combat tel que tout bon karatéka le conçoit. La situation de conflit aiguise les sens, rend attentif, concentre et décuple les capacités physiques ou intellectuelles.
La situation de combat, reproduite avec partenaires, permet de travailler avec acuité tant les mouvements physiques que la gestion du stress. Les applications dans la vie quotidienne sont évidentes : Tout stress, toute contrariété est une violence et il faut apprendre à combattre.

« Comment savoir s’il vaut mieux pratiquer le judo que le karaté par exemple ? »
Le choix appartient à chacun. Il n’y a de critères que personnels car si la forme de la gestuelle est différente de l’un à l’autre, les principes philosophiques et les objectifs sont similaires : pratiquer une voie du perfectionnement de soi-même parce que la vie est un don qu’il nfe faut pas négliger.

« Comment choisir, dans une même discipline entre différents styles, différentes fédérations ? »
La naissance de différentes fédérations obéit à des nécessités politiques, banalement humaines, de faire prévaloir des objectifs et de déterminer des stratégies. La présence de styles différents est dûe à des causes historiques, à des maîtres qui ont évolué différemment en fonction de leurs morphologies et de leurs sensations, à des volontés individuelles de privilégier tel ou tel aspect de l’entraînement. Le débutant est parfois démuni face à la diversité. La meilleure solution reste l’information. Mais il faut parfois faire plusieurs essais avant de trouver un enseignement martial qui réponde à ses attentes personnelles.
Une chose est sûre. Pratiquer le karaté ce n’est ni s’abîmer dans une recherche ésotérique contemplative ni apprendre à se bastonner. C’est toujours aller à la recherche de soi-même au travers d’une gestuelle du combat.

Voilà quelques réponses à des questions qui risquent de vous interpeller … chacun peut y apporter des réponses, mais la voie est ouverte …
Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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Un commentaire pour La voie est ouverte …

  1. Marco dit :

    Bonsoir Toutes et Tous.Il est toujours bon de recadrer notre pratique.Etre à l’écoute et répondre correctement aux questions peut mener vers un engagement de valeur,somme toute,bénéfique à Tous.Bonsoir

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