L’esprit guerrier


On parle parfois de l’esprit guerrier pour inciter les pratiquants à forger leur mental comme le firent les samouraïs. Aujourd’hui, peut-on acquérir cet esprit guerrier ?

L’homme possède un corps physique mais est aussi doté d’un psychisme, que dans les arts martiaux on appelle mental. De ce fait, dans ses actions, ces deux dimensions, physique et psychique, sont présentes. Lorsque l’une fait défaut, sa performance s’en ressent.

En karaté, on a coutume de parler de combat intérieur par opposition au combat extérieur. Le karatéka doit se préparer aux deux. Quand il s’entraîne à maîtriser des techniques efficaces et à se forger une bonne condition physique, ce qui représente déjà un grand effort, il se prépare à affronter un adversaire extérieur qui, comme lui, a cherché par son entraînement , à acquérir des techniques physiques performantes.

Par contre, souvent négligé, c’est pourtant dans le combat intérieur que l’on rencontre les adversaires les plus nombreux, les plus insidieux. C’est la perte de concentration au moment décisif, c’est le doute soudain qui envahit, c’est aussi la perte de confiance en soi. En un mot, c’est son mental qui abandonne le pratiquant. On peut posséder la meilleure technique au monde, dans une telle situation, on ne peut pas l’emporter sur son adversaire.

Nombreux sont les ouvrages techniques écrits par d’éminents spécialistes voire même des champions, ces ouvrages ne seront toutefois d’aucune aide quand il s’agit de surmonter une défaillance du mental.

Bien qu’indispensable dans toutes les activités humaines, le mental dans les arts martiaux revêt une coloration particulière car les arts martiaux sont l’héritage d’une culture guerrière, d’un temps passé où il fallait à tout prix vaincre, si on ne voulait pas mourir. Cet état d’esprit particulier est ce que j’appelle « l’esprit guerrier ». Il doit animer les pratiquants de karaté.

Quand j’évoque l’esprit guerrier, je pense très vite aux samouraïs, ces hommes placés dans une circonstance particulière de l’histoire du Japon, situation totalement différente de celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Ils étaient des guerriers professionnels, avec des systèmes de combat en vue de vaincre. Un temps où rester en vie était un exercice périlleux et quotidien. Il fallait un certain esprit et c’est lui qui faisait parfois la différence quand on affrontait un adversaire plus fort que soi.

Aujourd’hui, il est important que cet esprit nous anime. Pourquoi, tout simplement parce que c’est grâce à cet esprit que nous pouvons atteindre un niveau très haut dans notre « voie ». Le problème est que l’éducation dans la société actuelle ne favorise pas l’éclosion de cet esprit guerrier, indispensable à une véritable réalisation de la voie. Je pense au grand débat qui agite les hommes et les femmes qui nous gouvernent sur la nécessité ou non de réinstaurer une morale civique à l’école pour nos enfants. Ceci en dit long sur les dégâts de cette éducation. Mais ces dégâts ne touchent pas que nos enfants, les adultes aussi sont face à ce constat d’impossibilité d’aborder « véritablement » l’étude des arts martiaux dans la société actuelle. Et c’est pourquoi je constate qu’on abandonne cette dimension martiale dans le karaté, et ailleurs aussi.

C’est ainsi que l’on voit apparaître dans beaucoup de dojos  une pratique dite de « santé et de mieux vivre ». Si cette démarche peut apporter un certain plaisir à ceux qui s’y adonnent, pourquoi pas ? Mais il serait honnête qu’ils reconnaissent, ou qu’on leur dise, que leur karaté n’a plus rien à voir avec les arts martiaux. Et qu’ils sont loin d’atteindre un jour l’esprit guerrier qui fera la différence. C’est très important aussi bien dans le domaine de la compétition, que dans une pratique normale martiale.

Il serait mieux, pour ces pratiquants là, de s’orienter vers les arts martiaux chinois, dits internes, car il s’agit là d’une gestuelle à base de mouvements empruntés aux arts guerriers.

Pour ma part, je préfère l’autre voie. Celle qui consiste à prendre comme modèles les maîtres, tout en reconnaissant que l’on a du mal à atteindre leur niveau, du fait de la société dans laquelle nous vivons. Mais à s’efforcer de s’imposer une règle de pratique, fondée sur leur exemple, qui nous montre le chemin et la direction à suivre pour s’imprégner de l’esprit guerrier … Bubishi !!!

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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4 commentaires pour L’esprit guerrier

  1. Onisan dit :

    Konnichi wa Ototo.

    L’élève qui s’est engagé dans la voie de « l’esprit guerrier » s’expose, s’exhibe. Il exhibe son corps, il expose sa vie psychique.
    Il ressent le besoin intense de sentir à ses côtés la présence du Sensei qui a pour lui une oreille, un œil correcteur et contrôleur qui le suit constamment.
    Il a besoin aussi de compréhension, de bienveillance et de soutien dans ses moment de doute, de faiblesse.
    C’est dans cette symbiose élève/Sensei que celui-ci pourra s’épanouir et révéler tout le potentiel qui sommeille en lui.

    Oss, Onisan.

  2. Marco dit :

    Bonsoir Toutes et Tous.
    Le moment de vérité reste toujours un thème difficile a aborder,surtout dans des disciplines prônant l’évolution de l’Homme dans tous les sens du terme.
    Néanmoins,il me semble que chacun se doit de savoir où il se trouve sur la Voie;ne fut ce que pour ne pas sombrer dans les illusions et pour empêcher un r(éveil)difficile.
    De par ma profession,je suis amené a fréquenter de nombreux  »pro » martiaux,et ce dans des domaines aussi variés que la sécurité,la protection rapprochée,…
    Il est toujours difficile de cerner l’individu dans son entièreté et de prévoir ses réactions(ou non)dans les périodes de crise.
    Le débat est autre que l’obtention d’un titre,médaille,podium,…et rares sont ceux(heureusement)qui sont amenés à aborder les phases ultimes d’une mise en situation critique.
    Ce sujet est apparenté au syndrome du tireur d’élite ultra qualifié et entraîné,se devant un jour triste d’opérer dans une réalité.Il sera seul avec sa conscience et sa technique gérant la vie ou la mort.Notre débat est le même.
    Il reste que chacun s’oriente dans la direction qui lui sied le mieux et nulle critique ne se doit d’être portée face à cela.Il s’agit d’un choix de vie et de pratique.
    Pour ceux qui cherche la profondeur,il faut savoir que des formes de travail existe pour s’enfoncer
    davantage dans ce mental.L’élitisme peut être qualifié d’Art,ainsi que les méthodes qui en sont des vecteurs.Sur les paramètres du physique et technique(demeurant malgré tout gérable)l’Homme a ajouté celui du mental(l’étude sans fin)pour faire un Do complet.Quand les années se feront lourdes,celui ci fera la différence et prendra,d’une manière ou l’autre(victoire ou défaite,peu importe)le dessus.
    Bonsoir.
    Marco

  3. Onisan dit :

    Konnichi wa Ototo.

    En mettant en exergue cette remarque : « Le problème est que l’éducation dans la société actuelle ne favorise pas l’éclosion de cet esprit guerrier, indispensable à une véritable réalisation de la voie. », tu as énoncé une vérité première.
    Je m’explique :
    Aujourd’hui, quand on demande à une personne quel sport elle pratique et qu’elle a le « courage » sinon la fierté de dire un art martial, quel qu’il soit d’ailleurs, mais plus particulièrement quand il s’agit du karaté, on la regarde comme une bête de foire en poussant de grands « Oulala ! » et de préciser, bêtement : « On doit se méfier de toi. C’est violent ça ! »
    Ou alors, on la toise avec un certain mépris tant il est vrai que l’art martial est moins valorisant, aux yeux de certains – et ils sont nombreux – que l’équitation, le golf ou bien le tennis, considérés comme sports d’élites.
    Mais il y a aussi que notre époque ne favorise plus l’esprit du « combattant ». Tout est fait pour garder l’individu sous tutelle par l’assistanat à tous crins, bien ou mal fondé, qui commence dès l’école et se poursuit dans la vie adulte.
    J’en terminerai par cette magnifique citation de Phillip Van Osten, journaliste au mensuel Mon Sport : « Avant d’être des actes du corps, les arts martiaux sont surtout des actes d’esprit ».

    Onisan. Oss.

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