Les niveaux de conscience en karaté


On parle souvent de notre évolution « pratique » dans notre carrière martiale. Mais on évite souvent d’aborder notre évolution interne. Celle qui touche à notre « niveau de conscience ». Selon notre niveau de conscience, dans nos diverses expériences personnelles, la réalité est vécue et perçue différemment.

Ces niveaux de conscience sont directement liés à notre évolution. Toutes les traditions, qu’elles soient extrême-orientales, orientales ou occidentales, ont des systèmes d’analyse qui permettent de distinguer les niveaux de conscience. Ordinairement, on distingue 9 niveaux.
Je vais essayer de vous en donner une idée.

Commençons donc du niveau le plus bas (niveau 1) pour aller au plus élevé (niveau 9).

Niveau 1 : le niveau des croyances
C’est le plus bas et le plus négatif de tous. C’est le niveau où l’on considère les aspects philosophiques comme inutiles, où l’on évite les lectures, l’étude, la recherche de soi.
En karaté, cela se traduit par une pratique pour se sentir puissant. L’idée est de pouvoir s’imposer, montrer qu’on est le maître. C’est un niveau où le pratiquant est brutal, envieux et auto-satisfait facilement. Le karatéka de niveau 1 croit qu’il est intouchable.

Niveau 2 : le niveau des contrats
Niveau de l’homme émotif qui ne remet jamais rien en question. En karaté, c’est le moment où le pratiquant commence sa course aux grades. Il aime son style mais il critique aussi les autres styles. Qui d’entre vous n’a pas entendu un individu croire que lui seul possède la bonne technique. On a tendance à penser que parce que l’on a payé on va automatiquement accéder à la technique, et donc au grade. On rencontre souvent, hélas, des niveaux 2 dans les dojos. Ce que je nome communément « les tonneaux vides »…

Niveau 3 : le niveau des professionnels
L’ego est roi et fait la loi dans l’homme de ce niveau. Esclave de ses connaissances, d’où fierté et vanité totale. On veut s’imposer soi-même au lieu de laisser l’estime venir.
En karaté, cet homme intellectuel veut comprendre avant de faire, et parle plus qu’il n’applique.  J’ai remarqué que ce type d’individu s’affiche souvent dans les stages, facile à repérer, c’est celui qui va finir par poser la « question de trop ». Ou alors le genre « pot de colle » qui ne lâche plus le référent technique. C’est à ce niveau que l’on bichonne des kata bien carrés. Techniques en général plus extérieures (apparences) que vécues. Tout est dans le « démonstratif » mais aucun ressenti interne. Il ne peut imaginer mieux que lui-même … sauf un maître qu’il se choisit  comme identification . Et bien souvent, avec le temps, il finira par critiquer  son modèle.

Niveau 4 : le niveau des charlatans
C’est souvent le niveau des leaders, des faux maîtres. Imagination créative qui souvent reste dans le rêve, faute d’expérience vraie.
En karaté, c’est en général le technicien correct, qui donne beaucoup de conseils mais évite les combats, car il ne veut pas perdre ses illusions ni son prestige artificiel. Il dit s’entraîner et travailler son karaté mais en réalité c’est tout le contraire. Quantité ne signifie pas qualité. C’est l’homme qui va rester dans la théorie, dans les grands principes, mais qui ignore tout de la réalité du combat. Ce type de pratiquant prend rarement un risque, il cultive plus son image qu’autre chose. L’idée de froisser cette image le hante à chaque entraînement.
Cet individu est hyper susceptible et s’offense aisément si malheureusement vous lui placez une « touchette » au corps lors d’un entraînement.
Qui de nous ne s’est jamais retrouvé face à ce type de karatéka …

Niveau 5 : le niveau de la désillusion
C’est le niveau que l’on considère « neutre ». Pour y parvenir, il faut souvent un choc, une prise de conscience, que certaines traditions appellent « petite mort » ou « renaissance ».
Parce que à partir de ce niveau, on peut commencer à devenir positif.
En karaté, on tâte au kick-boxing, boxe thaï, kung-fu. Au mieux, on passe du Shotokan au Wado-ryu ou Shito-ryu pour ne citer que quelques exemples courants. Autrement dit, on a atteint un plafond et on a l’impression de ne plus progresser. On ne croit plus en son style ni même au karaté. C’est la raison pour laquelle on change de style ou tâte à d’autres formes de combat.
Ce qui, en soi est mieux que de tout abandonner en étant dépressif.

Niveau 6 : le niveau du chercheur véritable
On prend conscience que l’on est « mort ». En karaté, on peut devenir agressif, cynique. Et l’on est tenté de créer son propre style. Mais on peut aussi prendre un nouvel élan qui ne s’arrêtera pas, une nouvelle naissance.

Niveau 7 : le niveau de l’unité
C’est la reconnaissance que l’on était endormi mentalement. On commence à voir ce qu’est et apporte le vrai karaté martial, et l’on commence à s’entraîner en cherchant l’éveil. C’est à ce niveau que l’on passait « Kyoshi ».

Niveau 8 : le niveau de conscience objectif
C’est le niveau de la grande connaissance. A ce niveau, on est détaché, ce qui ne signifie pas que le fusible a sauté dans la tête. Mais que l’on évolue dans les contraintes en sérénité du fait que l’on est objectif et peut prévoir cause-effet.
En karaté, on s’intéresse aux messages des maîtres anciens. Ils font mouche en nous. On comprend les textes aux seconds niveaux. C’est la pratique aux niveaux supérieurs. C’est à ce niveau que l’on passait « Hanshi ».

Niveau 9 : le niveau « moi permanent »
C’est ce que je j’appelle « la totalité ». On est capable de faire le vide mental sans effort, méditation en mouvement, sérénité absolue sans efforts, pouvoirs supranormaux parfois.
C’est l’utilisation complète du potentiel humain. C’est aussi pouvoir entrer en contact avec les forces de la nature. Vous comprendrez qu’on entre à ce niveau dans un autre monde.
En karaté, ceux qui parviennent à ce niveau atteignent une liberté intérieure totale. Aucune contrainte ni aucune puissance ne peut les déranger.
C’est ce niveau que, nous, pratiquants, nous rêvons d’atteindre un jour, par la pratique des arts martiaux ou par d’autres voies. Mais le chemin pour y parvenir est long et sinueux.

Pour terminer, il me faut insister sur une chose que beaucoup ignorent. Les niveaux négatifs ou positifs. Ces 9 niveaux que je viens de vous décrire se subdivisent de la façon suivante : 4 niveaux « négatifs », 1 niveau « neutre » et 4 niveaux « positifs ». Niveaux que l’on qualifie d’inférieurs ou supérieurs. Ces niveaux ne sont pas permanents. Ils ne sont pas atteints une fois pour toutes. Selon les circonstances, on peut parfaitement se trouver au niveau 1 le plus bas pour une chose, au niveau 3 pour une autre, au niveau 5 et même 6 pour une autre chose. Ce n’est qu’à partir du niveau de l’unité (le niveau 7) que l’unité vraie serait permanente. Je mets le conditionnel parce que certains disent que la permanence (de type Bouddha) ne peut exister.

A vous, à présent, de vous situer parmi tout ces niveaux. Chacun d’entre nous doit pouvoir jouer le « jeu » honnêtement avec lui-même et pouvoir s’identifier. Bien qu’il est souvent plus facile d’identifier les autres que soi-même.
Retenons qu’à travers ces états différents de conscience, et plus on évolue dans cette échelle, on ressent le karaté comme un bienfait infiniment précieux.

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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5 commentaires pour Les niveaux de conscience en karaté

  1. Onisan dit :

    Konnichi wa Ototo.
    C’est avec grand intérêt que j’ai lu « LES NIVEAUX DE CONSCIENCE EN KARATÉ » et j’en ai été fortement troublé.
    Aussi, je me suis permis de m’en ouvrir à Dâkuseibâ Sensei.
    Il m’a écouté, les yeux clos, en seiza sur sa natte de joncs tressés.
    Il m’a ensuite tendu son livre Hagakure qui est aussi vieux que lui et m’a dit de lire à voix haute ce passage, que je te retranscris :

    On m’a dit qu’un maître de Sabre déjà avancé en âge avait dit ceci : « Le Samouraï doit s’entraîner toute sa vie » et il y a, à cela, une raison. Tout au début, même en cas de pratique régulière, on n’a pas l’impression de progresser. On se sait malhabile et on voit les autres à son image.
    A ce stade, inutile de préciser que l’on n’est d’aucune utilité au service du Daimyo. Quand on atteint un stade moyen, on n’est pas encore d’une grande utilité mais on prend conscience de ses déficiences et on commence à remarquer les imperfections des autres.
    Quand un Samouraï atteint un niveau supérieur, il est capable de prendre, de sa propre initiative, des décisions en n’importe quelle situation, de sorte qu’il n’a plus besoin des conseils des autres. Il acquiert plus de confiance en ses possibilités, se réjouit d’être loué et déplore les insuffisances des autres. Un tel Samouraï est, on peut le dire, utile au Daimyo.
    Puis au delà de ce niveau, il y a ceux dont l’expression du visage ne révèle jamais ce qu’ils pensent, qui ne font jamais étalage de leur habileté, qui feignent l’ignorance et l’incompétence. Qui plus est, ils respectent l’habileté des autres. Pour beaucoup, là est l’ambition la plus haute.
    Mais à un niveau encore plus élevé, il existe un domaine qui dépasse l’habileté du commun des mortels. Celui qui s’engage à fond dans la Voie de ce domaine, prend conscience que son entraînement sera illimité et qu’il ne pourra jamais être satisfait de son travail.
    C’est pourquoi un Samouraï doit connaître ses faiblesses et passer sa vie à les corri-ger sans jamais avoir le sentiment d’en faire suffisamment. Il ne doit naturellement jamais être trop confiant mais il ne doit pas non plus se sentir inférieur. Yagyu, le maître de la Voie du Sabre, auprès du Shogun Tokugawa disait : « Je ne sais pas comment surpasser les autres. Tout ce que je sais, c’est comment me surpasser ». Il se disait : « Je suis aujourd’hui meilleur qu’hier, demain je serai encore supérieur ».
    Un vrai Samouraï consacre tout son temps au perfectionnement de lui-même. C’est pourquoi, l’entraînement est un processus sans fin.

    Kyoudai no yuujou. Onisan. Oss !

  2. Marco dit :

    Encore une fois,Magnifique article que celui là!Comme tu le dis si bien ces étapes jalonnent le circuit du chercheur.
    En référence à cela l’on peut une similitude dans les  »10 étapes de la vache »,les divers degrés de francs maçonneries,… L’intérêt de l’Homme bien,depuis la nuit des temps est d’avoir toujours voulu évoluer;il s’est donc trouver un itinéraire de progression.C’est un de ses plus beaux chef d’oeuvre.Cette évolution se table sur le temps,car la maturité arrive avec celui ci(l’expérience étant la somme des erreurs accumulées)et donc sur la fidélité.
    Merci pour cette lecture.
    Marco

  3. Où que l’on se situe sur cette échelle, la conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera …entre ce que nous avons été et ce que nous serons … une pont jeté entre le passé et l’avenir … dans chaque acte technique que nous exécutons … à chaque entraînements auquel nous participons … c’est notre évolution, un travail dur sur soi-même. Oss !

  4. julio dit :

    Super blog ! Merci beaucoup.
    Je crois je dois être entre l’étape 6 ou 7 ?

    J’avais pratiqué le Shotokan il ya longtemps , au bout de quelques bonnes années j’avais compris que beaucoup de choses dans l’enseignement clochaient , ou que nous enseignait l’inverse d’une certaine efficacité ou évolution personnelle ? Surtout face à des amis boxeurs par exemple !
    Je fais du Ninjutsu avec un vrai Maître ( même si on ne l’appelle toujours par son prénom et jamais sensei ou maître ) , il ne se prend pas au sérieux , et il m’a ouvert les yeux sur la voie, mais je ne suis qu’au début du chemin et mon ego me barre bien souvent la route et m’empêche d’y voir pas assez clair !
    Je plains tous ceux qui stagnent au niveau d’un Karaté shotokan purement commercial et purement lucratif , heureusement certains comme vous vont très loin et dépassent ce coté et vont bien plus loin vers ce qui est non plus « sport martial » mais plus « art martial ».
    Merci pour le blog et je ne peux que vous souhaiter de continuer à transmettre au plus grand nombre ces messages afin de révéler un peu plus que la surface de l’iceberg !

    • Marco dit :

      Bonjour Toutes et Tous.Hé oui ami Julio,c’est là que le bas blesse!Les degrés en Budo sont une vitrine et nombreux sont ceux pour qui le réveil(au lieu de l’Eveil)risque d’être dur.Notre société est bâtie sur le figuratif (l’admiration envers les Tv réalités le confirmant,d’ailleurs),la réussite,l’égocentrisme….
      Combien de pratiquants seront  »filtrés »ainsi vers une véritable recherche dans un Art profond(quel qu’il soit)
      Nombreux de dirigeants,supers grands maîtres,guru,sifu,sensei,mentors,…(séparons malgré tout la lie du vin,il reste des personnalités de très grande valeur) n’ont que faire des désillusions tant ce marché de l’efficacité plaît et est rentable(et en outre,souvent pour eux).C’est a celui qui tire plus vite que son ombre!!On crée logo,fédés, paliers de ceintures(après les couleurs,les barrettes,.puis..),on réinvente des Bunkais,techniques,Katas,…ou de nouvelles règles(Reigi,compétitions,sigles….);histoire de laisser ses marques (comme tout animal,limitant son territoire,hein?).
      Les véritables chercheurs sont souvent ailleurs de ce marché somme tout lucratif.Ils sont face à eux et livrent le seul et véritable combat!le combat de l’anti-égo.Il est certain qu’ils sont souvent seul sur cet itinéraire et qu’ils gênent souvent.Mais cela aussi fait partie d’un combat de vie et c’est ce qui lui donne si bon goût.Merci
      Marco

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