Satoshi Miyazaki Shihan

Chaque année, à cette époque, j’aime vous parler de cet homme qui a changé ma vie et celle de beaucoup d’entre nous …
Et pour la plus jeune génération de karatékas, il est important de partager ce que nous avons vécu et conservé en mémoire et dans notre coeur.

Satoshi Miyazaki Shihan nous a quitté le 31 mai 1993 à 23h45. A cet instant, tout a basculé pour nous, le coeur plein de tristesse, de voir partir un maître hors du commun, un maître par comme les autres …
Son amabilité,  sa bonne humeur ont  fait de lui un homme extraordinaire, préférant la simplicité à la notoriété. Il se détachait des autres par sa sincérité, sa cordialité, sa droiture.  Mais il savait aussi être stricte à sa façon, rigoureux, et exigeant dans le karaté,  en suivant la ligne de conduite qu’il s’était fixé et surtout en respectant la voie de Nakayama Sensei, le père du karaté contemporain.
Toutes les personnes qui l’ont côtoyé savent à quel point Miyazaki Shihan se refusait à tous changements et estimait qu’il valait mieux travailler les bases telles que Nakayama Sensei les avaient établies. Toujours poursuivre dans cette direction en intégrant les méthodes d’entraînement mais en conservant cet esprit de sagesse et de recherche.  Son désir et sa volonté que notre pays puisse briller lors de championnats était réelle, mais s’opposait à l’idée que le karaté ne soit représenté que par cet aspect sportif uniquement.
La tradition devait rester la tradition … une tradition martiale basée sur l’évolution personnelle de l’individu car le karaté a pour but avant tout de forger le caractère du karatéka.

Il restera un traditionaliste dans l’âme, ne transigeant jamais sur l’esprit qui devait guider la pratique.  Insistant sur la modestie, l’harmonie et la discipline visant non pas à dépasser les autres, mais à se surpasser soi-même.

Miyazaki Shihan n’était pas quelqu’un qui aimait étaler visuellement son savoir comme le font beaucoup de « show-men » aujourd’hui. Il nous transmettait l’essentiel et nous devions « creuser » aussi de par nous-même. Il suffisait de l’observer pour comprendre, le déclic se faisait naturellement …
Chacun d’entre nous se souvient de ces entraînements régionaux où il arrivait toujours très discrètement sous ses lunettes. Dès que l’entraînement débutait, il pouvait aussi bien transformer un groupe de gradés en véritable légion romaine, ou s’occuper des enfants avec toujours cette simplicité qui le caractérisait si bien.
La soirée se terminait souvent autour d’une bonne table, où il partageait le verre de l’amitié. Il avait toutes les qualités qui font d’une personne quelqu’un de remarquable et d’admirable.
Il était à l’écoute des gens mais surtout à la portée de tous. Il savait mieux que quiconque qu’écouter est une attitude du coeur.

Pour mener à bien la mission que lui avait confié Nakayama Sensei, Satoshi Miyazaki oeuvra toute sa vie afin de créer la JKA Europe. Une tâche qui ne fût pas toute simple car il fallait la concevoir sur des bases solides. Il retournait souvent au Japon pour s’imprégner et suivre les directives de la JKA. On pouvait le voir s’entraîner parmi les autres instructeurs comme un simple élève, toujours naturel dans l’attitude.  Durant toute son existence, il a emmené la Belgique à cette fin, dans la cour des grands pays européens.

Le maître pensait à tout, et à sa relève aussi, en formant un homme qui puisse lui succéder au cas où …
C’est ainsi que Sergio Gneo Sensei fût reconnu comme une des hautes instances du karaté mondial. Depuis le décès de Miyazaki Shihan c’est à lui qu’incombe la lourde tâche de lui succéder. Un mandat que notre Directeur Technique conduit avec une fidélité admirable.
Et je tiens à le remercier vivement au nom de tous et toutes pour s’être engagé à son tour  à nous transmettre cet enseignement. Preuve d’un respect sans limite au maître disparu.

En 1992, Satoshi Miyazaki fût opéré une première fois, et pourtant, il minimisa l’ampleur de l’opération et reprit très vite ses activités. Cette première alerte n’annonçait rien de bon pour la suite. Mais sa force intérieure le poussa à continuer comme avant, assurant tous ses déplacements et tous les stages. Malheureusement, une nouvelle opération allait être nécessaire pour  nous révéler la gravité de son état. Jusqu’au bout, Satoshi Miyazaki lutta et donna ses directives à son proche entourage de fidèles.

Dès avoir été informé de cette nouvelle, son élève Ida Sensei vint du Japon pour lui rendre un dernier hommage. Miyazaki Shihan décéda, à l’âge de 55 ans, le lundi 31 mai 1993. Peu de temps avant les 12 coups de minuit, notre maître à tous décida de passer de l’autre côté du fleuve …

Un dernier hommage lui fût rendu dans son dojo, le vendredi 4 juin 1993, en présence  de sa famille venue du Japon, de son épouse, de ses enfants. Mais aussi en présence de grands maîtres émus de perdre un des leurs. On pouvait voir parmi les personnalités présentes, les Sensei Tanaka, Sawada, Enoeda, Ida et Noda. Pendant de longues heures, tous les karatékas de Belgique sont venus rendre un dernier hommage à leur maître, au père du karaté belge, à cet homme hors du commun, Satoshi Miyazaki Shihan.

Avec tout le travail accompli en Belgique, la mémoire de notre maître est présente en chacun de nous à jamais.  Et nous continuerons à perpétuer son oeuvre.

Oss !

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A propos Salvatore Baldacchino

Je pratique le karate Shotokan J.K.A. depuis 1976. J'ai atteint le grade de 4ème Dan JKA et j'enseigne depuis 1998 à l'Ecole Shotokan Karate-Do J.K.A. Bubishi en Belgique.
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5 commentaires pour Satoshi Miyazaki Shihan

  1. Marco dit :

    Qu’il demeure à tout jamais dans le Panthéon des géants.Merci pour Lui.Bonsoir

  2. Onisan dit :

    Konnba wa Sensei.
    C’est avec grande émotion que j’ai lu ton panégyrique de Satoshi Miyazaki Shihan.
    Sensei Dâkuseibâ s’y associe en toute humilité en ajoutant cette citation de Christian Boltanski (célèbre plasticien français) :
    « La grandeur de l’homme consiste à essayer de lutter contre son destin ».
    Kyoudai no yuujou.
    Onisan.

  3. Pascal dit :

    Miyazaki Senseï donnait cours avec 4 mots: plus bas, plus fort, plus vite.

    Quand il montrait une techniqe, un guyaku tsuki ou un mawashi guéri, on ne pouvait que constater l’abîme qui nous séparait de ce grand maître.

    Sa simplicité, sa modestie, sa sobriété donnaient des leçons aux autres sensëi se la jouant un peu vedette.

    Je me rapelle quelques petits moments de complicité, un regard, un sourire, un éclat de rire.

    Avec Miyazaki Senseï j’ai grandi.

  4. Quand pass’tè lès anéyes
    Comme pass’tè lès djournèyes
    Quand arîve l’eûre dè s’arètér
    Il-èst bon dè polwâr pinsér
    A lès cî-ns qui nous-ont quitè.

    Dèspus lômint, il-èst invoye
    D’vins l’grand stwalî, ‘yèt pourtant
    Il d’meûre doûci bî-n î tchôd
    Dins n-in p’tit cwin dè m’keûr.

    Mèmwâre – Istwâre –
    Satochi MIYAZAKI Shihan
    ‘ne cloke soune in sourdine !

  5. Horn Michel dit :

    Permettez-moi de m’associer à cet hommage. Je voudrais témoigner de sa simplicité. Il fut une époque où il se déplaçait d’écoles en écoles pour superviser les cours de Karaté. C’est un sacré dévouement. Après chaque cours, on allait boire un verre pour discuter. J’ai même été mangé en toute simplicité avec lui dans un restaurant japonais après un stage de karaté …
    Paix à son âme.

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